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Music Pop

Bug Bogart sucre la provocation sur « Bonbon Bonbon »

Bug Bogart sucre la provocation sur « Bonbon Bonbon »
  • Publishedoctobre 28, 2026

« “Bonbon Bonbon” avance comme une plaisanterie suffisamment bien produite pour devenir sérieuse. Bug Bogart y transforme le flirt en théâtre pop bilingue, coincé quelque part entre disco chic, humour camp et guitare qui sait exactement quand montrer les dents. »

Le sucre colle aux doigts, la drague aussi. « Bonbon Bonbon » part de cette évidence volontairement idiote et en tire quelque chose de beaucoup plus réjouissant qu’un simple gimmick. Bug Bogart ne cherche pas à masquer le côté camp du morceau, au contraire : il le pousse jusqu’au bout, avec une insolence légère, une sensualité un peu caricaturale et ce mélange de français et d’anglais qui donne à l’ensemble une allure de jeu de rôle permanent.

Derrière Bug Bogart, on retrouve Julia Wittmann, musicienne et productrice basée à Toronto, qui utilise cet alter ego comme un espace d’expression plus direct, plus théâtral, plus excessif. Cela s’entend immédiatement. « Bonbon Bonbon » ne veut pas être discret. Il veut faire sourire, séduire, provoquer, et laisser suffisamment de place à l’absurde pour éviter toute pose trop sérieuse.

La production joue un rôle essentiel dans cet équilibre. Wittmann cite notamment l’élégance midtempo de Daft Punk, le jeu de guitare associé à Nile Rodgers et l’univers de U.S. Girls parmi ses références de travail. Ces influences sont moins intéressantes comme références prestigieuses que par ce qu’elles disent de l’architecture du morceau : un tempo qui ne se précipite pas, une basse suffisamment épaisse pour donner du relief, des détails percussifs qui maintiennent la tension et une guitare utilisée comme véritable outil rythmique.

Le résultat possède cette qualité rare des morceaux qui donnent envie de danser sans forcément accélérer.

« Bonbon Bonbon » préfère le déhanché au sprint.

Cette retenue rend la sensualité beaucoup plus efficace. Les synthés remplissent l’espace sans l’alourdir, les percussions gardent quelque chose de précis et légèrement sec, et le traitement vocal accentue le caractère performatif du morceau. Lady Bug et Lez Coccinelles participent à cette dimension presque scénique : on entend moins une confession romantique qu’une parade, avec ses regards appuyés, ses effets de manche et ses sous-entendus volontairement énormes.

Le bilinguisme devient alors autre chose qu’une coquetterie. Le franglais accentue l’artifice, comme si chaque changement de langue permettait de changer légèrement de personnage. Ça drague, ça fanfaronne, ça joue avec le ridicule sans jamais en avoir honte.

Et heureusement.

Le morceau serait beaucoup moins intéressant s’il cherchait à être cool à tout prix. Son charme vient justement de cette absence de retenue esthétique. Bug Bogart assume le mauvais goût potentiel du bonbon, du désir trop évident, de la formule répétée, puis vient glisser suffisamment de sophistication musicale pour que la blague tienne debout.

Le solo de guitare participe aussi à cette logique. Il arrive comme une petite revanche instrumentale dans un titre très construit autour du groove et de la voix. Là encore, l’identité de Wittmann ressort : avant Bug Bogart, il y a des années de pratique en groupe, de sessions, d’indie rock et d’exploration sonore. Cette expérience empêche « Bonbon Bonbon » de devenir une simple fantaisie pop.

Sous le vernis ludique, le projet Bug Bogart porte d’ailleurs une volonté plus abrasive. Takes A Bite, l’album auquel appartient le morceau, s’annonce traversé par la critique de l’homophobie, de la misogynie, du capitalisme et de l’intelligence artificielle, avec une écriture qui cherche autant la résistance que l’excentricité.

« Bonbon Bonbon » ne brandit pas encore toute cette colère.

Il préfère offrir le sucre d’abord.

Et quand la guitare finit par mordre, on comprend que le bonbon n’était pas si innocent.

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Written By
Extravafrench

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