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Yemi Alade, deux visages d’un même album : « Alhaja » et « Titanium »

Yemi Alade, deux visages d’un même album : « Alhaja » et « Titanium »
  • Publishedoctobre 28, 2026

« L’une regarde vers l’afropop, le hip-hop africain et jusqu’au flamenco ; l’autre resserre le cadre autour d’un R&B contemporain plus intériorisé. Avec “Alhaja” et “Titanium”, Yemi Alade ne cherche pas la cohérence par l’uniformité : elle la trouve dans sa capacité à changer de langage sans perdre son accent. »

La meilleure manière de comprendre It’s Yemi Alade tient peut-être dans l’écart qui sépare ces deux chansons.

« Alhaja » ouvre l’album. « Titanium » arrive beaucoup plus tard, en dixième position. Entre elles, tout un disque a déjà eu le temps de circuler entre highlife, afrobeat, disco, house et afropop, fidèle à cette envie de Yemi Alade de revenir vers ses fondations sans transformer le retour aux sources en exercice nostalgique. Le projet a été façonné pendant deux années d’écriture et d’exploration, avec une idée assez claire : remettre ses racines en conversation avec l’artiste qu’elle est devenue.

« Alhaja » possède, rien que dans sa classification, quelque chose d’indiscipliné. Afrobeats, afro-pop, afro-fusion, hip-hop africain, puis cette présence inattendue du flamenco : le morceau arrive comme une carte de visite qui aurait décidé de ne pas respecter les dimensions de la carte.

C’est un choix d’ouverture assez parlant pour Yemi Alade.

Depuis longtemps, son travail tire sa force de la circulation. Les genres africains ne sont jamais chez elle des pièces de musée à protéger sous verre ; ils bougent, rencontrent d’autres traditions, changent de silhouette selon le morceau. « Alhaja » paraît parfaitement placé pour rappeler cela dès l’entrée : le disque qui suit ne sera pas une démonstration de fidélité à un son précis, mais une affirmation de liberté.

Et cette liberté possède aujourd’hui un autre poids.

Yemi Alade n’est plus au stade où elle doit présenter son identité musicale au public. Son catalogue, ses collaborations et son parcours lui ont déjà donné une stature internationale considérable, tandis que It’s Yemi Alade arrive comme un projet plus réflexif, nourri de gratitude pour les sons, les personnes et les expériences ayant construit sa trajectoire.

Dès lors, « Alhaja » peut se permettre le jeu, le croisement, la flamboyance.

« Titanium », lui, apparaît presque comme un changement de focale.

Le morceau est présenté du côté du contemporary R&B, bien loin de l’empilement stylistique annoncé autour de « Alhaja ». Ce simple déplacement est révélateur : Yemi Alade n’a pas besoin de maintenir constamment le même niveau d’exubérance pour faire tenir son album. Elle peut ouvrir les fenêtres très grand, puis revenir vers quelque chose de plus resserré.

Le mot « Titanium » convoque évidemment la résistance, la solidité, ce matériau que l’on imagine difficile à plier. Sans réduire la chanson à son seul titre, cette image résonne particulièrement bien au sein d’un album traversé par l’amour, la résilience, l’identité, la réflexion, la célébration et l’ancrage spirituel. Yemi Alade décrit d’ailleurs l’ensemble comme un « diary of melodies », chaque chanson étant rattachée à une émotion, une expérience ou un instant susceptible de trouver un écho chez l’auditeur.

C’est là que la juxtaposition devient intéressante.

« Alhaja » montre une artiste qui étend son vocabulaire.

« Titanium » rappelle qu’elle sait aussi resserrer la phrase.

Entre les deux, aucune nécessité de choisir une seule définition de Yemi Alade. C’est précisément le propos de It’s Yemi Alade : quelque chose d’ancien, quelque chose de nouveau, quelque chose d’emprunté, sans que l’un prenne définitivement le dessus sur l’autre. Le disque fait également appel à un casting panafricain allant de Bien, Njerae et Sofiya Nzau à Don Jazzy, Teni, FAVE, Spyro, Jeriq, Ferre Gola ou Singuila, chaque présence venant enrichir le paysage sans dissoudre l’identité centrale de l’album.

Alors oui, « Alhaja » et « Titanium » semblent regarder dans deux directions.

Mais Yemi Alade a depuis longtemps cessé de considérer cela comme un problème.

Chez elle, les contradictions ne demandent pas à être résolues.

Elles demandent simplement un bon morceau pour cohabiter.

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Written By
Extravafrench

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