« SCARFACE » place Enomer au croisement du brostep, du glitch hop et de la leftfield bass, là où l’impact physique rencontre le goût de l’accident.
Tony Montana n’aura pas droit à son résumé Wikipédia. Le nom « SCARFACE » suffit à convoquer un imaginaire encombré de démesure, de pouvoir et de mauvais présages ; inutile de plaquer toute une intrigue sur l’instrumental d’Enomer. On préfère s’arrêter à ce que ce choix de titre déclenche comme attente. Quelque chose d’excessif, peut-être. Une présence qui cherche à occuper le cadre. Puis cette question, plus musicale, de savoir comment donner du caractère à la puissance.
Le terrain choisi ouvre plusieurs pistes. Brostep, glitch hop, leftfield bass, trois sensibilités qui entretiennent des rapports différents avec le choc. Le brostep privilégie volontiers la confrontation sonore et la théâtralité. Le glitch hop fait de la découpe, du rebond et de la perturbation rythmique des outils de composition. La leftfield bass autorise les détours, les formes moins immédiatement prévisibles. Leur voisinage dessine une ambition stimulante, solliciter le corps tout en déplaçant ses habitudes.
L’absence de paroles donne à cette recherche une responsabilité particulière. Ici, aucun récit chanté ne vient orienter l’attention. L’identité du morceau doit se construire dans la matière sonore, les rapports de durée, les contrastes, la manière dont une idée appelle ou contrarie la suivante. On revient à une qualité fondamentale de la musique électronique instrumentale, sa capacité à faire d’un timbre un personnage, d’une transition un événement.
Enomer accompagne cette sortie d’une remarque presque désinvolte sur son envie d’essayer différentes choses. Cette posture d’atelier intéresse davantage qu’un manifeste trop assuré. Elle laisse envisager « SCARFACE » comme un terrain d’expérience, une tentative de provoquer des rencontres entre plusieurs vocabulaires. Le véritable enjeu consiste alors à trouver une logique propre au milieu de ces possibilités.
On peut pousser fort sur la saturation et rester parfaitement sage dans l’écriture. À l’inverse, un déplacement inattendu suffit parfois à déséquilibrer toute une construction. C’est dans cette distinction que se joue une part passionnante de la bass music, entre la puissance comme qualité sonore et l’audace comme décision de composition.
« SCARFACE » annonce cette zone de friction par ses références et son intitulé frontal. Enomer y présente un projet qui demande à être abordé pour ses choix de producteur, pour la personnalité qu’il cherche dans les machines. Le cinéma a déjà ses empires, ses excès, ses grandes scènes finales. À la musique de trouver ses propres façons de faire monter la tension.
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