Une cabine spatiale en détresse, une rencontre au milieu du club — Loosid explore deux façons de perdre ses repères sur « CONTROL » et « I Don’t Know », extraits de « REMOTO ».
La même phrase pourrait circuler entre le cockpit et la piste de danse. On ignore ce qui va se passer. Dans un cas, les instruments s’affolent et la Terre ne répond plus ; dans l’autre, quelqu’un qu’on ne connaît pas se rapproche, et l’on décide de suivre le mouvement. Loosid rapproche ces deux états au sein de « REMOTO ». L’inconnu possède plusieurs températures. Il peut faire monter la panique ou donner envie de rester.
Originaire de Porto Rico, le duo électronique développe depuis ses débuts une mythologie de voyageurs perdus dans l’espace. Ses sorties chez Monstercat, notamment « Clouds » et « Talisman », ont déjà installé ce langage entre future bass, trap et sensibilité mélodique. L’intérêt du concept tient à sa capacité d’accueillir des sensations humaines très reconnaissables. La distance cosmique donne une échelle spectaculaire au besoin de connexion.
« CONTROL », avec MNTRL, pousse cette logique jusqu’à l’incident mécanique. Cinquième piste de l’album, située dans son troisième acte, elle accompagne un vaisseau qui commence à tourner sur lui-même alors que toute communication avec la Terre est coupée. À 140 BPM, la trap devient le véhicule d’une panique conçue pour déboucher sur un drop.
Cette articulation entre récit et structure musicale mérite l’attention. Le drop représente habituellement une arrivée attendue, un point de décharge collective. Loosid lui confie ici un événement dramatique, le moment où la maîtrise cède. On attend l’impact tout en connaissant sa signification dans la fiction. La catastrophe devient aussi ce que le corps réclame. Le voisinage du glitch hop, l’orientation sombre et agressive prolongent cette recherche d’une électronique capable de mettre ses propres machines en difficulté.
« I Don’t Know » change l’échelle du vertige. DIGITALWHIIITE prête sa voix à une rencontre de club dont personne ne possède encore le scénario. On danse avec un inconnu, on accepte cette proximité provisoire. L’inscription dans une drum & bass légère offre un autre rapport au mouvement, associé cette fois à la disponibilité plutôt qu’à l’urgence du sauvetage.
On trouve particulièrement fécond ce dialogue entre les deux titres. « CONTROL » raconte l’impossibilité de reprendre la main ; « I Don’t Know » envisage le plaisir de ne pas tout diriger. Même perte de certitudes, conséquences opposées. Le projet spatial gagne ainsi une profondeur affective. Être perdu peut signifier qu’aucun secours n’arrive, mais aussi qu’une rencontre devient possible.
Loosid donne à « REMOTO » cette double perspective, le grand spectacle électronique et l’émotion à hauteur de corps. Quelque part, un signal cherche encore sa destination. Sur la piste, deux personnes ont déjà trouvé comment se répondre.
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