Nervous City Nervous Self nous brise le cœur avec « Berlin Blues »
C’est une chanson qui ne commence pas. Elle glisse. Comme une rame de métro à l’heure bleue, silencieuse et saturée de pensées qui n’osent pas se dire. Avec Berlin Blues, le collectif berlinois Nervous City Nervous Self, emmené par le Suédois exilé David Josephson, signe un morceau qui ne se contente pas d’illustrer l’errance : il en fait une philosophie.
Dans cette complainte électronique au spleen lumineux, Josephson chante l’amour non pas comme un feu brûlant mais comme une vapeur douce qui se dissipe à chaque arrêt du métro. L’U8 devient un décor mental, un fil narratif entre ce qui fut et ce qu’on n’ose plus espérer. Chaque station est un soupir. Chaque ligne, une cicatrice. Mais sous les synthés brumeux et les battements synthétiques qui imitent presque la régularité d’un train souterrain, il y a cette ironie tendre, ce rire désabusé qui fait tenir debout même quand tout chancelle.
Berlin elle-même devient un personnage, cette ville à l’âme fragmentée, où l’on ne choisit rien mais où l’indécision devient une forme d’engagement. “We came here to choose our indecisiveness”, chante Josephson — et il le fait avec la gravité d’un Cohen moderne et la désinvolture d’un poète nocturne sur Kottbusser Tor. On pense à The National, à Radiohead époque Amnesiac, mais surtout à ce qu’on ressent soi-même, tard le soir, quand la ville semble vivre sans nous, mais avec nous en même temps.
Berlin Blues n’est pas une chanson. C’est une confession. Un coup d’œil vers une fenêtre embuée, le reflet d’un amour qu’on ne rattrapera plus, et cette certitude étrange que parfois, ce n’est pas grave de perdre tant qu’on continue à chercher.
Hop aboard. Il n’y a pas de fin, juste des détours magnifiques.
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