Fleanger et NIRØ sur Soul Logic t. Romy Dya : 5 façons de se perdre dans une faille sentimentale
Cinq pistes. Une seule histoire, mais racontée de cinq manières différentes. Comme une dispute qu’on rejoue en boucle, avec un ton qui change, une lumière qui vacille, une tension qui se déplace. Soul Logic, dans sa version originale comme dans ses mutations, est moins un EP qu’un prisme émotionnel. Un espace où l’on ne cherche pas à comprendre l’amour, mais à s’y abandonner avec plus ou moins de résistance.
Le morceau central — Soul Logic dans sa forme pure, signée Fleanger & NIRØ, porté par la voix spectrale de Romy Dya — est une dérive lente, magnifique. Tout ici est retenue : les synthés respirent comme des draps froissés, le groove s’insinue doucement sous la peau, et Romy, elle, chuchote plus qu’elle ne chante. C’est le point de départ, la version nue de l’émotion. Celle du moment précis où le cœur bascule, sans qu’on sache encore si c’est une chute ou un envol.
Le Peter Soul Remix vient ensuite. Plus nocturne, plus club sans être frontal, il laisse entrer une tension. Le beat se tend comme une corde qu’on aurait un peu trop tirée. C’est une réinterprétation qui reste fidèle, mais qui regarde le morceau de biais. Comme si on le revivait un mois plus tard, seul, les yeux ouverts à trois heures du matin. Ça tape un peu plus dans la poitrine, mais toujours avec cette élégance presque clinique.
Puis vient Eyal Rabia, qui lui, change carrément de perspective. Moins contemplatif, son remix donne au morceau un souffle organique presque tribal. On est dans le battement, dans la répétition, dans la transe lente. Le vocal de Romy y flotte comme une mémoire persistante. On ne ressent plus la fragilité initiale, mais un genre de force résignée. L’émotion est toujours là, mais elle est devenue muscle.
Le Marco & Dov Remix est peut-être le plus solaire du lot. On y sent un pas de côté vers la lumière, sans perdre le poids du texte. Le groove devient plus souple, presque tactile. C’est la version de Soul Logic qu’on met en rentrant d’une nuit trop pleine, quand le jour commence à se lever mais que rien n’est encore résolu. Le paradoxe du bonheur un peu triste y est parfaitement maîtrisé.
Enfin, Scopelyser clôt l’EP avec la version la plus introspective. Un remix presque fantomatique, où les nappes deviennent des échos, les kicks se font discrets, presque hésitants. On y sent la fatigue émotionnelle, la fin de l’histoire, ou peut-être juste le moment où on arrête de chercher une issue. C’est beau, c’est suspendu, c’est la dernière expiration après avoir tout dit.
Au fond, cet EP fonctionne comme une mini-série dont chaque épisode révèle une facette différente d’un même amour qui vacille. Une œuvre en miroir, qui refuse de trancher entre douleur et beauté, entre groove et mélancolie. Soul Logic n’est pas une release. C’est une obsession.
À écouter en entier, dans l’ordre. Et puis à réécouter dans le désordre. Parce que ce genre de projet, on ne le comprend pas, on le vit.
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