Ermyte sur “Mémoires” ou le rock ressuscité à coups de guitares rugissantes et de spleen littéraire
Il fallait oser. Dans un pays qui regarde son rock comme une vieille photo de famille qu’on n’ose plus sortir du tiroir, Ermyte débarque avec une rage vintage et un romantisme punk. “Mémoires”, leur premier EP, sorti le 21 mars 2025, est une détonation. Un rappel brutal que le rock en français peut encore avoir une gueule, un son, une gueule de bois même — et une gueule d’ange en colère.
Composé de cinq morceaux aussi nerveux que poétiques, le projet s’ouvre avec “Poésie Saturée”, ode désenchantée aux mots qui ne mordent plus, aux images qui se fanent. On y entend Bashung croiser Nirvana dans une ruelle mal éclairée d’Aix-en-Provence. “Despotify” est un coup de poing ironique sur l’uniformisation musicale à l’ère du streaming, un brûlot grunge aux riffs tranchants comme un feed saturé. “Néant” creuse plus profond : un slow heavy, presque post-apocalyptique, qui flirte avec le stoner et le désespoir existentiel. Puis “En 92” ranime une mémoire collective, entre madeleine sonique et gifle électrique. Enfin, “Eurydice” clôt l’EP sur un rock tragique et mythologique, où les mots tombent comme des cendres sur les accords mineurs.
Ce qui frappe chez Ermyte, au-delà de la puissance brute, c’est l’intelligence de l’écriture. On sent le souffle d’un master en création littéraire derrière les textes — mais un souffle qui ne sent ni la pose ni l’encrier. C’est charnel, viscéral, habité. Et puis cette voix : celle de Loïc Fievet, qui ne cherche pas à séduire mais à dire, à hurler même parfois. Autour, Clément Ruby à la guitare incendie les couplets, Alexis Renard ancre le tout dans une basse tendue comme un arc, et Sarah Guerrier fracasse les silences à coups de caisse claire rageuse.
“Mémoires” est un disque de rock qui croit encore en la sueur, au cri, à la scène. C’est une main tendue à Noir Désir et à Saez, un doigt d’honneur à la tiédeur. Et c’est aussi un appel à tous ceux qui pensaient que le rock français était mort : non, il dormait. Et Ermyte vient de le réveiller.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
