Yvonne Lyon & Boo Hewerdine nous livrent The Things You Find In Books
Il y a des disques qui ne crient pas. Qui arrivent à pas feutrés, sans autre intention que celle d’exister doucement. Things Found In Books, le projet commun d’Yvonne Lyon et Boo Hewerdine, est de ceux-là. Un album cousu main, à l’image des notes oubliées entre deux pages dans un recoin de Culzean Castle, ce château écossais qui cache un trésor : un tableau d’affichage jonché de tickets de cinéma, lettres froissées, photos jaunies, souvenirs échappés d’un roman qu’on a refermé trop vite.
https://yvonnelyon.bandcamp.com/album/things-found-in-books
Et c’est précisément là que ce disque puise sa sève. Ces quinze morceaux ne racontent pas l’Histoire avec un grand H. Ils préfèrent le murmure à la fanfare, les petits gestes aux grands récits. The Things You Find In Books, qui ouvre l’album, fonctionne comme une clé : guitare boisée, voix douce, une minute suspendue. On entre dans un monde parallèle, celui de la poésie du quotidien.
Marion And Sydney valse sur les souvenirs d’un couple qu’on ne connaîtra jamais vraiment, mais qu’on croirait pourtant avoir croisé un jour dans un train. Salvador Dali And Me réunit surréalisme et tendresse avec une subtilité rare, tandis que Viennese Horses glisse, en à peine une minute, l’idée que la musique peut parfois tout dire avec presque rien.
Chaque titre est un polaroïd un peu flou, une impression plutôt qu’une certitude. Cabbage White vibre comme un battement d’aile, fragile et lumineux. Navy Cut évoque la mer, les cendres et ce parfum de vieux tabac que laisse parfois l’absence. Baby Blue, en duo parfait, touche par son évidence. Puis viennent les fragments, les pépites miniatures comme A Letter From The King, ou la malice légère de Paul McCartney In 1970 qui réveille les fantômes pop avec tendresse.
Kate And The Missing Trees et Montpellier touchent à la grâce. Ces chansons n’ont pas besoin de s’étirer pour exister. Elles sont là, prêtes à se poser dans la mémoire de celui qui écoute, comme un papillon sur l’épaule. Waiting clôt l’album avec un frisson — un au revoir sans pathos, juste une caresse. Quant à la reprise de Hieroglyphics, elle agit comme une boucle bouclée, discrète et parfaite.
Il y a quelque chose de très rare dans ce projet : un respect profond pour l’invisible, pour les silences, pour ce qui ne s’explique pas. Les arrangements acoustiques, les claviers tamisés, les voix qui se répondent sans jamais se voler la lumière — tout ici est délicatesse et justesse.
Boo Hewerdine et Yvonne Lyon signent là un album qui ne cherche pas à briller dans les classements, mais à rester au creux de ceux qui prennent le temps d’écouter. Et comme ces petits papiers trouvés entre deux pages jaunies, ces morceaux ne nous disent pas tout. Ils nous laissent deviner, rêver, combler les blancs avec nos propres histoires.
Et c’est peut-être ça, la beauté ultime de Things Found In Books : nous rappeler que les chansons ne sont jamais aussi belles que lorsqu’elles deviennent un peu les nôtres.
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