Prigida livre MM (mikey m) : quand les fantômes du réel murmurent dans les ruelles électroniques
Il y a des disques qui ne se présentent pas. Ils s’entendent à demi-mots, se devinent dans le vacarme d’un néon fatigué ou dans le souffle humide d’un métro désert. MM (mikey m), nouvel EP de Prigida, est de ceux-là. Plus qu’un projet musical, c’est une déambulation fantomatique, un carnet de bord nocturne griffonné à même l’asphalte, entre les pavés d’une ville qui ne dort jamais vraiment.
Inspiré par les vapeurs enfumées de Burial, le grain brut des voix de rue, et les silences chargés d’électricité des nuits urbaines, Prigida enregistre le réel comme d’autres le fuient. Ici, pas de beats ciselés en studio ni de lignes de basse chromées : MM (mikey m) a été entièrement conçu à partir de dictaphones, de notes vocales spontanées, de conversations volées au monde.
Le morceau-titre “MM” ouvre l’EP comme on entrouvre une porte sur un souvenir, avec ce frottement intime entre field recording et pulsation lo-fi. “Last Night Promise”, quant à lui, est une respiration retenue, comme si un cœur battait quelque part, entre l’écho d’une voix étouffée et les craquements d’un trottoir humide. Ce n’est pas une chanson, c’est un lieu. On ne l’écoute pas, on y entre.
Prigida ne produit pas des tracks, il compose des états d’âme : ceux qui errent entre deux arrêts de bus à 3h12 du matin, ceux qui hantent les angles morts de la ville. Dans cet EP, la musique est un souvenir recomposé, un documentaire émotionnel où chaque bribe sonore devient une confession.
MM (mikey m) est un projet modeste, mais radical. Une œuvre fragmentaire, précieuse et poreuse comme une pellicule de Super 8 retrouvée dans une boîte à chaussures. C’est le bruit du monde, tamisé par une sensibilité rare. Une preuve que l’on peut encore, en 2025, faire de la musique électronique qui ne cherche pas à remplir les clubs, mais à traverser les murs.
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