Dans un monde où le métal cherche trop souvent à rugir plus fort que son voisin, Dead Hazards fait le choix de chuchoter dans les interstices du chaos. Leur premier album Saline, sorti le 20 avril dernier, ne fait pas de bruit pour impressionner : il lève la poussière pour montrer la beauté dans la crasse. Treize titres, pas un de trop, pour explorer une œuvre à la fois corrosive, artisanale, expérimentale – mais jamais gratuite.
On pourrait vous dire que Saline est sludge, qu’il trempe ses guitares dans des bains d’acide et de fuzz jusqu’à saturation. C’est vrai. Mais ce serait aussi réducteur. L’album est un monstre à têtes multiples : folk à l’os nu (Remorse), jazz bruitiste par éclats (Hauling Back), rock alternatif en transe (Who’s Invited, Endless Delay), voire trip-hop païen dans ses instants les plus contemplatifs (Excess). Comme si Pallbearer, Godspeed You! Black Emperor et Faith No More s’étaient enfermés un hiver entier dans une grange de l’Essex avec un enregistreur 8-pistes, des cordes pincées jusqu’à l’os et quelques Zippo à frotter pour le rythme.
Mais Saline ne serait pas ce qu’il est sans son esthétique sonore DIY. Les Dead Hazards, anonymes et reclus, ont incorporé des sons extraits de fichiers image convertis en audio, des percussions captées avec des objets domestiques, des nappes enregistrées en extérieur – autant de matières premières transformées en paysages auditifs. Le morceau Crippling Faith en est le parfait exemple : début ambient poisseux, textures granuleuses, puis une montée en tension qu’on croirait tirée d’un film post-apocalyptique.
Mention spéciale à Lazyeye, interlude de 1min46 aussi court que tranchant, qui fait office de respiration bizarre entre deux tunnels de saturation. Et Prime, le single déjà disponible, résume bien l’ambition de l’album : s’infiltrer plutôt que conquérir, envelopper plutôt que frapper.
Saline est un disque qui se mérite. Il demande de l’attention, voire de la patience. Mais il en rend chaque seconde. À l’heure où l’excès de production lisse les disques jusqu’à les rendre transparents, Dead Hazards revendique l’aspérité, le flou, la sensation du fait main. Et ça tombe bien : parfois, ce n’est pas la précision du scalpel qui touche, mais la justesse du coup de pelle.
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