Il arrive que les chansons les plus lumineuses naissent dans les ombres des adieux. Butterskies, le nouveau single de Martin Leroux, est de cette trempe-là : un folk pastel, doux-amer, qui danse les yeux mouillés sous un ciel de coton. On y entre comme on ouvre un journal intime : avec délicatesse, presque en s’excusant, et on en ressort avec cette étrange sensation d’avoir visité un souvenir qui n’était pas le nôtre, mais qui aurait pu l’être.
Tout ici respire l’élégance des années 60, sans la nostalgie pesante. Les guitares classiques, légères comme des plumes, s’entrelacent avec les cordes de Per Löfdahl dans une grâce suspendue. Leroux, mi-Joni Mitchell, mi-James Taylor, glisse sa voix entre les brins d’herbe d’une prairie imaginaire, et ça sent le printemps, les premières fois, les derniers regards échangés sans un mot. Il chante non pas pour raviver la douleur, mais pour en extraire la beauté. “I hope you want the love you find” : c’est une bénédiction murmurée, un dernier vœu à celle ou celui qu’on laisse partir.
Né d’un projet avorté de pièce de théâtre sur un musicien folk tombé amoureux de sa voisine comédienne, Butterskies a survécu à la fiction pour mieux épouser le réel. Car Leroux ne fait jamais semblant. Franco-philippin élevé à Tokyo, aujourd’hui installé à Séoul, il écrit avec ce recul que seul le déracinement peut offrir. Loin de se vautrer dans le pathos, il saisit le sel de la perte avec tendresse, et surtout avec gratitude.
On sent derrière chaque note la main d’un artisan. L’arrangement, subtil et cinématographique, laisse la place au silence entre les mots, aux soupirs dans la voix. C’est dans ces microfissures que se cache la vérité du morceau : les adieux ne sont jamais définitifs, ils deviennent matière à renaître.
Après Red Light, plus pop-rock, plus frontal, Butterskies révèle une autre facette de Leroux : celle d’un conteur sensible, lucide, apaisé. Il ne cherche pas à choquer, ni à séduire. Il tend la main, doucement. Et quand il la retire, il laisse derrière lui une empreinte chaude, familière, presque invisible.
Une chanson à écouter seul, dans un train, entre deux villes, deux amours, deux versions de soi. Et se dire que oui, décidément, on a bien fait d’aimer. Même si. Même quand. Même après.
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