Quelque part entre un après-midi qui s’étire et un souvenir flou de vacances d’adolescence, Utopia 90, premier single du duo britannique Moon Cub, glisse dans les oreilles comme un rêve éveillé. Rob et Suzy Muir, couple à la ville et désormais à la scène, accouchent ici d’un titre suspendu, à la fois intime et cinématographique, où la nostalgie devient un paysage à contempler depuis la vitre embuée d’un train fantôme.
On est à Nottingham, mais le morceau semble émaner d’un studio fantasmé au sommet d’un building abandonné, quelque part entre Bristol, Reykjavik et Tokyo. Le beat est minimal, presque imperceptible. Des nappes soyeuses flottent à la Portishead, des textures lentes à la Boards of Canada enveloppent le chant doux et détaché de Suzy Muir, pendant que le saxophone de Pete Norman perce la brume comme un rayon de lumière oblique. C’est un morceau d’atmosphère pure, où chaque son est une respiration, chaque silence un battement de paupière.
Utopia 90, comme son nom l’indique, est une évocation de cet âge d’or flou qu’est la décennie des CD, des murs d’enceintes dans les salons, de l’optimisme post-analogique. Mais loin d’un simple pastiche rétro, Moon Cub injecte dans sa musique un sentiment de fuite intérieure, un flottement presque vertigineux. Ce n’est pas un revival. C’est une tentative de raviver. De convoquer un monde plus doux, moins digital, plus humain, même s’il n’a jamais existé.
On pense à Zero 7 pour l’élégance organique, à The Album Leaf pour les boucles méditatives, à Massive Attack pour cette tension cachée derrière la beauté. Et pourtant, Utopia 90 ne ressemble qu’à lui-même, fruit d’une alchimie rare entre deux sensibilités musicales qui se répondent sans se marcher dessus. Rob Muir, connu pour son projet solo Luna Waves, trouve ici dans Moon Cub un terrain de jeu où la composition devient collective, plus vulnérable, plus sensuelle.
Le morceau est le prélude d’un album attendu pour l’été, Skyline Waiting Room, dont le titre seul promet déjà un univers d’attente élégante, de contemplation urbaine, de rêveries à l’ombre des buildings. En attendant, Utopia 90 nous invite à ralentir, à regarder par la fenêtre, et à se souvenir d’un futur qu’on espérait sans le savoir.
Moon Cub ne crie pas. Ils murmurent avec grâce. Et dans un monde saturé de contenu, ce silence maîtrisé vaut plus que mille refrains.
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