Tension. C’est le premier mot qui traverse l’esprit à l’écoute de Lifeline, nouveau cri feutré de Babe Lewis, alias Joseph Harder. Plus qu’un morceau, une atmosphère : dense, trouble, intransigeante. Pas de lumière artificielle, pas de grand refrain salvateur, juste une ligne de basse rampante, des guitares suspendues à l’os, et une voix qui semble vouloir disparaître dans la réverbération.
Le projet solo venu de Harrisonburg, Virginie, continue de se déployer comme un carnet intime écrit à l’encre acide. Pas de débordement, mais un feu lent, contenu, menaçant. Lifeline n’offre pas la libération promise par son titre. Il étire la brûlure, la rend belle, presque majestueuse. Les guitares à la My Bloody Valentine se mêlent au spleen lo-fi d’Unknown Mortal Orchestra, tandis que la fragilité des harmonies évoque un Crosby, Stills & Nash halluciné par les vapeurs d’un été sans fin.
Ce qui frappe ici, c’est la sincérité brute de la construction : une progression qui ne mène nulle part, sinon dans l’intimité de ce qu’on ne dit pas. La tension est là, permanente, comme un fil tendu entre deux silences, deux regards, deux émotions qu’on n’a jamais su nommer.
Babe Lewis ne joue pas la carte du rock éclatant. Il creuse dans les failles, sculpte l’indécis. Lifeline s’écoute comme on traverse une nuit d’insomnie : sans chercher la sortie, mais en espérant secrètement qu’un son, une note, un souffle viendra tout recoller. Le morceau ne le fait pas. Il préfère nous laisser en suspens. Et c’est précisément ce qui le rend si nécessaire.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
