Oubliez la sueur mécanique des clubs : Sin Filtro entre comme une tempête théâtrale, où les cordes d’un orchestre croisent la guitare espagnole et les pulsations reggaeton. Ivelisse Del Carmen ne fait pas que chanter, elle met sa voix de soprano au cœur d’un champ de bataille intime, entre doute et affirmation, fragilité et grandeur. Chaque note est un pas vers la réappropriation d’un genre trop souvent corseté par ses codes.
Produite par Paul Stanborough, figure de l’ombre ayant façonné les géants pop (Tina Turner, Kylie Minogue), la piste refuse la facilité. Là où d’autres cherchent le tube immédiat, Ivelisse choisit la démesure, la minimalist opulence comme elle aime le dire : une écriture frontale, des arrangements qui gonflent et se dégonflent comme des vagues, une dramaturgie sonore qui fait du reggaeton non plus un simple moteur de danse, mais une toile cinématographique.
L’artiste portoricaine, exilée à Londres après avoir traversé New York et Bruxelles, transporte dans sa voix les héritages du bolero, de la plena et de la danza, tout en les tordant vers des formes inattendues. Son timbre, formé au classique, flotte entre aria d’opéra et murmure de confession, ouvrant des espaces où la puissance cohabite avec la vulnérabilité. Sin Filtro en devient un manifeste : un chant sans masque, une exposition brute de soi.
Dans un paysage saturé de productions interchangeables, Ivelisse impose une singularité féroce. Pas de concession au formatage, mais une hybridation vertigineuse qui rapproche autant de Rosalía que d’une Teresa Carreño ressuscitée dans un club londonien. Sin Filtro n’est pas un single de plus : c’est une déclaration de territoire, une invitation à envisager le reggaeton autrement — comme une matière noble, sculptable, infiniment libre.
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