Le groove, quand il est bien fait, n’appartient à aucune époque. Il flotte quelque part entre le cuir et la lumière, entre le désir et la mémoire. What’s Goin’ On de Phunque réveille précisément cette zone-là : un espace suspendu où le corps se souvient avant l’esprit. C’est un morceau qu’on ressent dans les omoplates avant de le comprendre, un appel du pied au dancefloor mais aussi une déclaration d’amour au son analogique, à cette matière vibrante que Berlin sait encore transformer en or.
Phunque ne se contente pas de citer le funk des années 80 : il le réinvente avec une précision sensuelle, une élégance presque maniaque. Sa basse ondule comme une colonne vertébrale, souple et nerveuse, pendant que les guitares clignotent à la manière de néons dans un club qui n’a jamais fermé depuis quarante ans. Mais ce qui sidère, c’est la manière dont tout semble respirer. Chaque boucle, chaque souffle électronique a le grain du vivant, une chaleur que la plupart des producteurs ont perdue à force de compresser la vie dans les fréquences.
La voix, filtrée et lointaine, agit comme une présence spectrale. Elle ne cherche pas à dominer — elle habite l’espace sonore, s’y faufile comme un parfum sur la peau. C’est du disco repensé comme un rêve lucide : une transe en pleine conscience. Derrière ce groove euphorisant, il y a quelque chose de mélancolique, une nostalgie qui ne dit pas son nom. Phunque compose comme quelqu’un qui danse pour conjurer le manque, pour garder en vie l’idée d’un monde où le rythme était une façon d’exister, pas de fuir.
On pense à Todd Terje, à Daft Punk période Random Access Memories, mais sans le pastiche ni la nostalgie. Phunque ne rejoue pas une époque, il la prolonge. Son son a cette rondeur de basse artisanale, cette brillance des cuivres numériques, et surtout cette capacité à suspendre le temps. Pendant six minutes, tout devient plus simple : on respire, on bouge, on recommence à y croire.
Dans What’s Goin’ On, la question du titre devient presque ironique. Car au fond, on sait très bien ce qu’il se passe : la musique reprend son rôle d’origine — celui de rallumer le feu dans nos circuits. Et Phunque, avec son groove cosmique et sa science du détail, nous rappelle que parfois, le salut ne vient pas des mots, mais d’un simple battement à 118 BPM.
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