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Music Pop

John Kairis nous entraine dans le « Shadow of the Cave »

John Kairis nous entraine dans le « Shadow of the Cave »
  • Publisheddécembre 12, 2025

« Une œuvre qui semble écrite à la lueur d’une lampe posée sur un sol de terre battue, où chaque chanson respire comme un être vivant. »

Il y a chez John Kairis cette façon rare de faire de la musique un refuge sans en retirer les échardes. Shadow of the Cave n’est pas un simple album folk : c’est une marche intérieure, un journal de bord qui accepte ses fissures, un geste artisanal issu d’années passées à observer la vie depuis la marge, les mains dans les cordes, la tête dans les harmonies apprises aussi bien dans les chœurs de Philadelphie que dans le silence d’un appartement où l’on écrit après les autres. On entend dans chaque morceau la double appartenance de Kairis : une érudition discrète — celle des compositeurs qu’il a étudiés, des structures qu’il maîtrise — et une sensualité terrienne, presque domestique, qui donne à cet album la texture d’un bois usé, d’une parole qui ne force rien mais qui insiste.

Le disque s’ouvre sur Cinder Blocks, qui porte bien son nom : un morceau anguleux, construit comme une fondation émotionnelle. La guitare y marche d’un pas résolu, tandis que la voix avance avec cette retenue qui, chez Kairis, vaut aveu. C’est une entrée en matière humble et puissante : un premier souffle dans la grotte.

Many Blessings apporte aussitôt la lumière : une mélodie qui semble écrite en cercle, comme un chant improvisé dans un lieu sacré. Il y flotte une gratitude sans emphase, la sensation que le simple fait de respirer suffit à tenir la structure.

Current of the Poles dévie la trajectoire, amenant avec elle un magnétisme étrange, une tension quasi métaphysique. On y sent le compositeur fasciné par les forces contraires — attraction, résistance, glissement — dans une écriture qui fait danser le folk avec des fantômes plus anciens.

Backwoods Fervor rallume le feu. C’est un morceau qui avance comme un animal dans la nuit, nerveux, organique, habité par une fièvre presque chamanique. Le chant s’y frotte à la matière brute, et c’est là que Kairis rappelle qu’il sait être physique sans hausser le ton.

Don’t Wield the Sword, en miroir, calme la pulsation. Un conseil, un murmure, un choix de vulnérabilité dans un monde qui ne célèbre que les lames tirées. C’est une chanson d’éthique et de peau.

Old Man Gets High Again est une vignette, un clin d’œil tendre, une respiration où l’ironie devient douceur. Un très court film super-8 qui attrape la vie au vol.

Avec Porch Swing, on est dans la nostalgie assumée : un morceau suspendu, presque photographique, où l’on devine l’enfance, les soirées trop longues, les gestes simples qui s’impriment dans la mémoire comme dans la chair.

Le pivot du disque, Shadow of the Cave, co-écrit avec Nelson Remetz, est sans doute le moment où l’album dit son nom : une descente et une remontée, une confrontation au soi camouflé. Le morceau est ample, presque rituel, sculpté par des harmonies qui se frottent au silence.

Won’t Be Back, avec J. Meddow, introduit une forme d’adieu lucide, une posture droite devant des portes fermées. Pas de rancœur, mais une décision.

Conquer Pain, Part the Sea est une traversée : un morceau qui prend la forme d’une lente épreuve acceptée, un courage muet. On y entend l’élan spirituel de Kairis sans qu’il n’alourdisse jamais la matière.

Enfin, Good Luck, Make Way referme le disque avec une élégance simple : un souhait, un passage de relais, un sourire qui reste dans l’air après la dernière note.

Shadow of the Cave est un album qui ne fait pas du folk une formule, mais un lieu. Un espace poreux où l’on entend les pas de celles et ceux qui traversent avant nous. Un disque qui, dans sa pudeur exigeante, réussit l’essentiel : ouvrir un passage vers la lumière, sans nier la beauté du noir.

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Written By
Extravafrench

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