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Music Pop

Aaron Fantazii traverse l’arc-en-ciel à rebours avec « Somewhere Over the Gender Binary »

Aaron Fantazii traverse l’arc-en-ciel à rebours avec « Somewhere Over the Gender Binary »
  • Publishedjanvier 23, 2026

Ni manifeste crié, ni ballade docile, Somewhere Over the Gender Binary avance comme un rêve lucide, une fable pop qui choisit la dérive plutôt que la destination, et transforme l’imaginaire d’Oz en terrain d’émancipation queer.

Il y a, dès les premières secondes, cette sensation étrange : celle d’entrer dans un espace flottant, ni tout à fait réel ni complètement fantasmé. Aaron Fantazii ne pose pas un décor, il ouvre une brèche. Le morceau s’installe dans une dream pop aux contours mouvants, nappée d’alt-pop émotive, avec ce soupçon d’emo qui affleure comme une cicatrice encore chaude. Rien n’est lisse, mais tout est doux. Une douceur tendue, presque inquiète, comme un refuge bâti à la hâte.

Ce qui frappe, c’est la manière dont Fantazii détourne le récit initiatique classique. Ici, pas de quête pour rentrer dans le rang, pas de désir de normalité comme horizon salvateur. Le personnage central, ce Scarecrow urbain, noir, queer, refuse l’idée même d’être « réparé ». La chanson devient alors un refus poli mais ferme, une manière de dire non sans hausser la voix. Musicalement, cela se traduit par des arrangements cinématographiques qui ne cherchent jamais l’explosion facile. Les synthés s’étirent, les harmonies respirent, laissent volontairement des zones d’ombre, comme si l’artiste voulait préserver des espaces où l’identité peut rester indéfinie.

À l’écoute, je me suis surpris à penser que Somewhere Over the Gender Binary fonctionne moins comme une chanson que comme un état. Un état de transition permanente. Fantazii joue avec les codes du pop storytelling contemporain, mais sans jamais céder au didactisme. Le propos est politique, profondément, mais il passe par l’intime, par la sensation, par ce sentiment diffus d’être constamment regardé de travers et pourtant de continuer à avancer. Le morceau ne cherche pas l’adhésion massive, il cherche la reconnaissance silencieuse de celles et ceux qui se sont déjà sentis « trop » ou « pas assez ».

La voix, fragile sans être faible, agit comme un fil conducteur émotionnel. Elle ne surplombe jamais la production, elle s’y fond, comme si le chant faisait partie du paysage sonore plutôt que de le dominer. Cette approche renforce l’idée de collectif, de famille choisie, évoquée en filigrane. Rien n’est héroïque au sens classique du terme, mais tout est courageux dans le détail.

Fantazii réussit quelque chose de rare : proposer un morceau engagé qui n’emprunte pas les raccourcis de l’indignation ou de la revendication frontale. Somewhere Over the Gender Binary préfère la poésie trouble, l’image détournée, la métaphore habitée. C’est une chanson qui ne cherche pas à convaincre ceux qui refusent d’écouter, mais qui tend la main à ceux qui doutent encore.

Au final, ce titre s’impose comme une pièce singulière dans le paysage alt-pop actuel. Une œuvre qui accepte l’inconfort, la lenteur, l’ambiguïté, et qui rappelle que la liberté commence parfois par un geste simple : refuser d’être corrigé pour correspondre à un monde trop étroit. Aaron Fantazii ne promet pas un ailleurs idéal. Il propose un chemin, sinueux, fragile, mais résolument vivant.

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Written By
Extravafrench

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