Quand BLAH BLAH BLAH surgit, Redesya transforme la lassitude relationnelle en manifeste pop halluciné, une marche nocturne vers la reprise de pouvoir.
Il y a des chansons qui ne cherchent pas à expliquer, mais à trancher. BLAH BLAH BLAH appartient à cette catégorie rare : celle des titres qui claquent comme une porte qu’on referme enfin, sans colère excessive, sans justification inutile. Redesya signe ici un premier geste artistique qui ressemble moins à une présentation qu’à une déclaration d’indépendance émotionnelle. Tout est dit dans ce titre faussement léger, presque ironique, qui résume à lui seul le trop-plein de paroles, de certitudes imposées, de voix parasites qu’on décide de ne plus écouter.
Dès les premières secondes, le morceau installe un climat légèrement toxique, moite, presque psychédélique. Une basse lourde, enveloppante, pulse comme un cœur qui bat trop fort après une conversation de trop. La production électronique ne cherche pas la netteté clinique : elle préfère l’immersion, le flou contrôlé, les textures qui collent à la peau. On sent une volonté claire de faire ressentir avant de faire comprendre. BLAH BLAH BLAH ne se consomme pas, il se traverse.
La voix de Serena agit comme un fil conducteur émotionnel. Elle ne surjoue jamais la rupture, elle l’énonce avec un détachement troublant, presque calme, comme si la décision était déjà prise depuis longtemps. Ce calme est précisément ce qui rend le morceau puissant. Le chant flotte entre lassitude et lucidité, porté par une écriture qui refuse le pathos tout en restant profondément incarnée. Ici, quitter une relation toxique n’est pas un drame explosif, mais un glissement lent vers le silence salvateur.
Eddy, à la guitare et à l’architecture sonore, apporte une tension constante. Les riffs ne sont jamais démonstratifs : ils rampent, ils insinuent, ils construisent une atmosphère où l’électronique et l’organique se contaminent mutuellement. Cette fusion donne au morceau une couleur dark-pop assumée, presque cinématographique, comme si chaque boucle sonore rejouait intérieurement les mêmes phrases creuses jusqu’à l’écœurement final.
Ce qui frappe surtout, c’est la cohérence du propos avec la forme. Le refrain n’explose pas : il s’impose par répétition, par saturation volontaire. Le fameux “blah blah blah” devient une matière sonore à part entière, un bruit blanc symbolique qui engloutit l’ego de l’autre. En cela, Redesya capture quelque chose de très contemporain : cette fatigue collective face aux donneurs de leçons, aux relations déséquilibrées, aux discours qui parlent beaucoup mais n’écoutent jamais.
BLAH BLAH BLAH s’inscrit dans une vision très actuelle de l’alternative pop, à la fois introspective et frontale, sensuelle et abrasive. On y retrouve une filiation évidente avec certaines esthétiques dark-pop internationales, mais le duo italien impose déjà sa propre signature : une pop qui ne cherche pas à rassurer, mais à libérer. Un morceau qui ne console pas — il clarifie. Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin.
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