Entre Montpellier et une chambre plongée dans la pénombre, $cam! transforme le froid intérieur en matière sonore.
“GARÇON FROiD DE L’HiVER” ne s’écoute pas, il se respire à basse température. Dès l’ouverture, on comprend que $cam! ne cherche pas la lumière frontale. Il préfère les halos bleutés, les coins d’ombre, les respirations coupées. Son EP s’inscrit dans cette zone hybride où l’indie R&B flirte avec le mumble rap, où la chillwave se fait introspective, presque claustrophobe.
“ESSENTiEL” pose le décor. Deux minutes trente-cinq comme une déclaration minimaliste : beat feutré, nappes glacées, voix à demi-voilée. Il y a quelque chose d’instinctif dans la manière dont il place ses mots, comme s’il parlait pour lui-même avant de parler au monde. La production évite la surcharge. Chaque silence compte. On sent déjà ce tiraillement entre ambition et fragilité, cette tension sourde qui irrigue tout le projet.
“PURE” glisse vers une atmosphère plus éthérée. Les textures se font plus liquides, presque digitales, comme un écran qui s’allume dans le noir. La rythmique reste contenue, mais l’émotion affleure davantage. $cam! travaille la répétition comme un mantra, une manière de se convaincre qu’il peut rester droit dans le chaos.
“OMBRE ESPACE” approfondit cette esthétique du vide. Le titre résume tout : une sensation de dérive, d’errance mentale. Les basses vibrent en arrière-plan, tandis que la voix semble flotter, désincarnée. On pense à ces nuits où les pensées tournent en boucle, où l’on cherche un point fixe sans jamais le trouver.
Avec “TRAQUENARD”, l’énergie se contracte. Plus court, plus nerveux, presque abrupt. Le beat se fait plus sec, plus direct. Ici, $cam! laisse entrevoir une méfiance, une lucidité amère. Le monde extérieur apparaît comme un piège, et le flow se resserre, plus incisif, moins contemplatif.
“STREETLiFE” ouvre un autre angle. Toujours froid, mais plus urbain, plus ancré. Les textures gardent cette patine ambient, mais la rythmique prend davantage de place. On perçoit le contraste entre isolement intérieur et environnement bruyant. Comme si le garçon froid de l’hiver marchait seul au milieu d’une ville indifférente.
Puis arrive “SOMMEiL CRÉATiF”, en guise de bonus. Outro ambient, presque suspendu. Pas de démonstration, pas de climax. Juste une respiration longue, fragile, obstinée. Le morceau agit comme un journal intime sonore : la lutte intérieure devient paysage, le rêve devient murmure.
Ce qui me frappe dans “GARÇON FROiD DE L’HiVER”, c’est cette cohérence émotionnelle. $cam! ne surjoue jamais. Il installe un climat, un état d’esprit. Il parle d’isolement sans se victimiser, d’ambition sans arrogance. Son froid n’est pas une posture esthétique : c’est une matière brute, qu’il façonne en textures et en silences.
Un EP court, dense, presque pudique. Le genre de projet qu’on écoute tard, casque vissé sur les oreilles, quand la ville s’endort et que les pensées deviennent plus fortes que le bruit du monde.
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