Gee Whiz! prouve avec « How To Manage A Crisis » qu’un supergroupe bolonais né entre un documentaire sur les Beatles et un concert de Blur à Wembley n’a pas besoin de manuel de survie : il a juste besoin de dix chansons parfaites.
Get Back de Peter Jackson et Blur à Wembley. Voilà les deux coordonnées qui ont déclenché Gee Whiz!, et elles disent tout sur ce que cet album est et sur ce qu’il refuse d’être. Michele Giuliani, Mariagiulia Degli Amori, Paul Pieretto et Giacomo Gelati ne cherchent pas à réinventer la pop : ils cherchent à la vivre à nouveau avec la même fièvre que ceux qui l’ont inventée, depuis Bologne, en 2024, avec des guitares fuzz et des glockenspiels et une joie collective qui traverse les dix titres de l’album sans jamais faiblir.
« Hide & Seek » ouvre le bal et pose immédiatement les règles du jeu : ici on joue, on cache, on cherche, on court. La production de Bruno Germano au Vacuum Studio donne à ce premier titre cette densité particulière des enregistrements qui ont été pensés pour sonner grand dès la première écoute, avec ces reverbs psychédéliques qui transforment chaque couche instrumentale en quelque chose d’expansif, d’ouvert sur tous les côtés.
« Mr. Dinosaur » est peut-être le morceau le plus touchant du disque, une lettre ouverte à tous les inadaptés du monde moderne, à ces cœurs en or cachés derrière des grognements effrayants. La mélodie porte cette tendresse sans jamais verser dans la condescendance, et le chorus final ressemble à une accolade sonore adressée à tous ceux qui se sentent trop grands, trop lents, trop sensibles pour une époque qui va trop vite.
« Big Fireworks » brûle en deux minutes à peine, une urgence rock électrique entre Beck et Blur qui refuse de s’installer confortablement. Les guitares acides, la basse qui conduit, l’énergie d’une nostalgie qui ne pleure pas mais qui court : ce morceau est l’essence même de ce que Gee Whiz! veut dire quand il parle de joie collective.
« Magic Carpets » emmène la science-fiction dans l’urgence des Libertines, des extraterrestres qui atterrissent sur Terre pour une prise de contact pacifique et repartent précipitamment face au chaos contemporain. Cette métaphore absurde et parfaitement juste propose en refrain une résistance utopique qui sonne, dans le contexte actuel, comme un programme politique autant que comme une chanson pop.
« The Wake » est le manifeste du disque entier, six minutes quarante-huit qui demandent de chanter aussi fort que possible parce que si tout va mal, autant que ça aille mal avec le maximum de bruit et de beauté. Cette façon de tenir ensemble la lucidité et la célébration sans que l’une n’annule l’autre est le vrai tour de force de Gee Whiz!
« My Own » et « Emily » apportent une respiration plus narrative, la seconde avec cette grâce Kinks-ienne d’une fille qui part affronter le monde cruel à sa façon, seule et déterminée, portée par une mélodie qui swingue avec l’élégance désinvolte des meilleures chansons britanniques des années 60.
« Little Dan » glisse entre Syd Barrett et Panda Bear avec une douceur qui contraste magnifiquement avec l’urgence environnante, célébrant l’imagination radicale d’un enfant solitaire qui impose néanmoins le respect à tout le monde autour de lui.
« Cocktail Umbrellas » et « Goodnight » ferment le disque avec la grâce de quelqu’un qui sait exactement quand partir : pas trop tôt, pas trop tard, juste au moment où la fête a atteint sa température idéale.
« How To Manage A Crisis » n’est pas un manuel. C’est une fête. Et Gee Whiz! vous y a gardé une place.
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