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Nayyar rouvre le dossier « SOUVENIRS » et laisse les blancs parler

Nayyar rouvre le dossier « SOUVENIRS » et laisse les blancs parler
  • Publishednovembre 3, 2026

« SOUVENIRS » de Nayyar a la netteté d’une phrase qu’on trouve enfin, bien après le départ de la personne à qui on aurait voulu la dire.

Le souvenir a cet avantage déloyal sur la conversation qu’on peut y reprendre sa réplique. On change un mot, on remet un silence au bon endroit, on se donne le dernier mot avec trois semaines de retard. « SOUVENIRS » aborde une relation passée depuis ce drôle d’après-coup. Nayyar ramène l’histoire à une voix et à une production dépouillée. Le titre, tout en capitales, a des airs d’inscription gravée. La musique, elle, laisse assez d’air autour du récit pour qu’on y perçoive encore quelque chose d’incertain.

Ce dépouillement fait peser une responsabilité sur la diction. Quand l’accompagnement occupe peu de place, le moindre changement de pression dans la voix prend du relief. Une attaque peut suffire à donner à une phrase la dureté d’un reproche. Une fin de mesure laissée libre permet à la même idée de résonner comme un aveu. On aime ce que cette économie fait à un sujet aussi rebattu que l’amour révolu. Elle ramène l’attention vers la façon de raconter, vers le temps qu’il faut pour arriver au bout d’une pensée. Le rythme continue de compter pendant qu’on s’attarde sur ce qui vient d’être dit. Cette avance du morceau sur nous donne aux silences leur prix.

Le rap francophone de Nayyar, tel qu’il se dessine aussi sur son premier projet EGO, fait cohabiter la rage et l’examen de soi. « SOUVENIRS » permet de prendre la mesure de cette alliance à un volume plus intime. La plume garde son tranchant quand elle se tourne vers une histoire qui pourrait facilement se perdre dans la nostalgie. On s’intéresse alors à la mémoire pour ce qu’elle a de partial. Elle grossit un détail, en laisse un autre dans l’ombre, accorde parfois toute la place à une scène que l’autre a oubliée. Un récit de rupture prend une autre densité dès qu’on accepte de l’entendre depuis cette perspective étroite.

Après « SOUVENIRS », on pense à une ancienne conversation qu’on relirait jusqu’au passage dont on était certain de se rappeler. La phrase est toujours là. C’est la voix qu’on lui prêtait qui a changé.

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Extravafrench

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