« Move Your Body » est la preuve que Tufan Uysal ne produit pas de la musique pour qu’on l’écoute : il produit de la musique pour qu’on ne puisse plus faire autrement que d’y abandonner son corps.
Quelque chose se passe autour de la première minute. On ne sait pas encore exactement quoi, mais une sensation diffuse commence à remonter le long de la colonne vertébrale, cette vibration basse et chaude propre aux grandes productions afro house quand elles daignent vous accorder leur attention. Tufan Uysal sait exactement ce qu’il fait à ce moment-là du morceau, et cette conscience-là, ce calcul précis de quand laisser entrer la lumière, est la marque des producteurs qui pensent en termes d’expérience corporelle plutôt qu’en termes de structures musicales abstraites.
Le titre pourrait sembler une invitation parmi d’autres dans un genre qui en a produit des milliers. Mais « Move Your Body » chez Tufan Uysal n’est pas une invitation : c’est un constat. Le corps bouge parce que les percussions tribales lui laissent peu d’alternative, parce que la deep house crée cette pression atmosphérique particulière qui s’exerce sur les hanches avant d’atteindre le cerveau, parce que quelque chose dans la façon dont les couches s’accumulent puis se déploient ressemble moins à de la musique qu’à une météorologie intérieure. On ne décide pas de danser sur ce morceau. On réalise qu’on danse déjà.
Ce qui rend la production de Tufan Uysal singulière dans l’espace encombré de l’afro house européenne, c’est ce refus de la facilité spectaculaire. Beaucoup de producteurs dans ce genre construisent leurs morceaux autour du drop comme autour d’une promesse tenue : tout le reste n’existe que pour justifier ce moment de déflagration. Uysal pense autrement. Son morceau progresse par accumulation organique, par ces micro-tensions qui se résolvent et se reforment sans jamais vraiment libérer toute leur pression d’un coup. C’est une dramaturgie différente, plus patiente, plus exigeante aussi bien pour le producteur que pour l’auditeur, et elle produit un effet durable là où les structures à drop produisent souvent une satisfaction immédiate mais éphémère.
La dimension melodic house vient déposer par-dessus cette fondation tribale et deep une couche d’émotion que les percussions seules n’auraient pas pu atteindre. Ces nappes mélodiques discrètes, ces motifs synthétiques qui apparaissent et disparaissent comme des signaux dans le brouillard, donnent au morceau une verticalité que le groove horizontal de la deep house ne cherche pas à occuper. L’espace entre les deux, entre ce qui pousse vers le bas et ce qui tire vers le haut, est précisément là que « Move Your Body » installe sa résidence émotionnelle.
À une minute trente, quelque chose s’ouvre plus grand encore. Comme une porte qu’on pensait déjà ouverte et qui révèle une pièce supplémentaire qu’on n’avait pas vue venir. Tufan Uysal place ce moment avec la précision d’un architecte qui sait que la surprise doit être préparée pour être ressentie pleinement.
Solamar Records, quatre soumissions approuvées sur cinq : une constance qui dit quelque chose sur la régularité du niveau. « Move Your Body » en est peut-être l’expression la plus aboutie à ce jour.
Le rituel a commencé. Difficile de partir avant la fin.
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