« Disco Boi Beirut » trace une ligne invisible entre Boston et Beyrouth, entre l’arabe et l’anglais, entre la mémoire et le présent : John Lebanon y prouve que l’identité n’est pas un point fixe mais un mouvement perpétuel.
Le nom du projet dit déjà tout sur la dualité qui le constitue. John Lebanon : un prénom américain, un pays du Moyen-Orient, et entre les deux ce trait d’union imaginaire qui résume toute une façon d’être au monde. Roy Souaid a choisi ce nom parce qu’on lui a dit qu’il ressemblait à John Lennon. Cette anecdote fondatrice est presque trop belle pour être vraie, et pourtant elle capture parfaitement l’esprit de « Disco Boi Beirut » : prendre ce qu’on vous donne, le retourner, en faire quelque chose d’entièrement personnel.
New York, Providence, Beyrouth, Boston. Ce morceau a voyagé avant même d’être terminé, et cette trajectoire géographique s’entend dans chaque couche de sa production. L’indie pop fournit la structure mélodique avec cette accessibilité lumineuse propre au genre, mais le downtempo ralentit le tout, impose une respiration plus lente, plus réfléchie, cette façon de laisser les images s’installer plutôt que de les précipiter. Et puis l’arabe arrive, naturellement, dans le même souffle que l’anglais, sans frontière linguistique artificiellement maintenue, parce que pour quelqu’un qui pense dans les deux langues simultanément, les séparer produirait quelque chose de faux.
Ce qui touche dans « Disco Boi Beirut », c’est cette façon d’aborder la nostalgie sans s’y noyer. Beyrouth comme lieu d’origine et de mémoire, Boston comme lieu de vie et de création : John Lebanon ne choisit pas entre les deux, ne hiérarchise pas l’une au détriment de l’autre, mais les laisse coexister dans le même espace musical avec la grâce naturelle des personnes qui ont appris à porter plusieurs identités sans en souffrir. L’amour, la mémoire, l’identité et les groove subtils dont parle Roy dans sa description du morceau : ces thèmes se tissent ensemble sans jamais se contredire.
La dimension world music latine et hispanique ajoute une couleur inattendue qui enrichit le morceau d’une façon qu’on n’anticipait pas : quelque chose dans le groove, dans cette façon particulière de traiter le rythme, qui connecte Beyrouth à une sensibilité méditerranéenne plus large, cette culture du mouvement et de la danse qui traverse les frontières nationales.
De la Nouvelle-Angleterre à Beyrouth, John Lebanon livre des mélodies qui s’attardent. « Disco Boi Beirut » en est la preuve la plus convaincante : certaines chansons n’ont pas besoin de choisir leur patrie.
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