« Malibu By Midnight » n’a pas été écrit : il a été trouvé. Family Worship Center l’a déterré comme on déterrerait un os sacré, et cette façon de présenter une chanson change fondamentalement la façon dont on l’écoute.
Une cassette. Des fragments de scripture. Un auteur inconnu, une origine floue, quelque part entre le mysticisme de la côte ouest et le glamour fané des années 70. Family Worship Center ne présente pas « Malibu By Midnight » comme un single : ils le présentent comme une découverte archéologique, une pièce à conviction dans une mythologie plus large dont les contours restent délibérément imprécis. Ce dispositif narratif pourrait sembler prétentieux s’il n’était pas si parfaitement cohérent avec tout ce que ce groupe a construit depuis le début.
Nashville puis Portland. Un nom emprunté à un texte à tendance sectaire trouvé pendant un voyage de field recording. Des musiciens qui ont joué avec The Band, Ringo Starr, Deer Tick. Un premier album enregistré entre Portland, Philadelphie et l’Ukraine. Eight semaines sur le NACC 200. KEXP qui les cite comme le meilleur groupe live vu depuis des années. Family Worship Center est un de ces projets qui accumulent les références légitimes avec une vitesse qui ferait douter de leur authenticité si leur musique n’était pas aussi palpablement réelle.
« Malibu By Midnight » sonne exactement comme sa genèse mythifiée le promet : une session d’enregistrement des années 70 qu’on aurait retrouvée dans un garage de Laurel Canyon, avec ces tonalités analogiques qui respirent, ces harmonies vocales nocturnes qui évoquent les grandes heures de l’AM Gold californien sans jamais les pasticher. Ryan Oxford à la production, Taylor Carroll de Big Thief au mixage, Timothy Stollenwerk au mastering : une équipe qui comprend que la sophistication contemporaine doit se mettre au service de la chaleur vintage plutôt que de la contredire.
Le résultat est une méditation à combustion lente, révérencieuse sans être pieuse, nostalgique sans être précieuse. Ces deux distinctions que le groupe formule lui-même dans sa note de présentation sont précisément ce qui fait la différence entre un exercice de style et un vrai morceau : on peut singer l’époque, ou on peut l’habiter. Family Worship Center habite.
Malibu à minuit. Les vagues, le brouillard côtier, cette lumière particulière qui n’existe que quand la ville dort. La cassette jouait peut-être ça, dans une voiture garée sur Pacific Coast Highway, pour quelqu’un qu’on ne connaîtra jamais.
On l’écoute quand même. On y est.
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