« FRIED » est l’état dans lequel RudeboyFinesse a enregistré ce morceau et l’état dans lequel on le ressort : une énergie particulière, entre le survolté et le flottant, que peu de productions arrivent à capturer aussi honnêtement.
Il y a des morceaux qu’on fait parce qu’on a quelque chose à dire, et des morceaux qu’on fait parce qu’on ressent quelque chose de trop intense pour le garder pour soi. « FRIED » a cette honnêteté d’origine traverse tout : le titre, l’énergie, la façon dont le flow de RudeboyFinesse s’emballe et se relâche alternativement comme un corps qui n’arrive plus tout à fait à tenir en place.
Ce que le morceau capture avec une précision troublante, c’est cette qualité particulière de la confiance en état altéré. Pas l’arrogance froide du rappeur qui se regarde dans le miroir, mais quelque chose de plus chaud, de plus spontané, cette certitude légèrement irrationnelle que tout est possible et que rien ne peut vraiment atteindre. RudeboyFinesse habite cet état avec une authenticité qui se ressent physiquement à l’écoute : on n’observe pas quelqu’un qui décrit la sensation, on est dedans avec lui.
Né à Londres, basé aux États-Unis : cette double appartenance géographique infuse le son d’une tension productive. Le rap cloud hop américain dans la structure et l’atmosphère, quelque chose de plus brut et de plus direct dans le delivery qui sent l’école britannique, cette façon de placer les syllabes avec une urgence légèrement différente de ce que produirait un rappeur purement East Coast ou West Coast. L’entre-deux crée une signature reconnaissable, un son qu’on ne sait pas exactement où ranger et qui en gagne quelque chose d’unique.
La production porte cette dualité : assez énergique pour maintenir la tension, assez atmosphérique pour laisser le cloud hop opérer sa magie particulière, cette qualité brumeuse qui enveloppe les basses et les hi-hats dans une légère distorsion qui ressemble à la façon dont le monde ressemble quand les sens sont un peu décalés. Les visuels inspirés du Japon, d’un récent voyage à Tokyo, ajoutent une dimension visuelle à cette esthétique de l’altération : la ville-lumière vue depuis un état particulier, toutes ces enseignes au néon qui brûlent un peu plus fort que d’habitude.
RudeboyFinesse a commencé à enregistrer en novembre 2020, dans l’isolement de la pandémie, et construit depuis un catalogue qui porte ses expériences de vie avec une franchise qu’on ne peut pas simuler. « FRIED » est peut-être son morceau le plus immédiatement jouissif, celui qui sacrifie la profondeur réfléchie pour quelque chose de plus instinctif et de plus vrai dans l’instant.
Parfois, l’instant suffit amplement.
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