x
Music Rock

Matt Wolejsza libère la bête dans « The Beast I’m Meant to Be »

Matt Wolejsza libère la bête dans « The Beast I’m Meant to Be »
  • Publishedmai 19, 2026

« Matt Wolejsza taille « The Beast I’m Meant to Be » dans le métal, le folk et les failles humaines, comme si chaque riff devait choisir entre rugir, saigner ou dire la vérité. »

Le disque avance avec une sincérité presque dangereuse : celle des artistes qui n’ont pas appris à tricher assez vite pour devenir lisses. Matt Wolejsza ne cherche pas ici à fabriquer un album “cohérent” au sens industriel du terme, cette petite boîte bien étiquetée où chaque titre aurait le même parfum, la même coupe, la même fonction. « The Beast I’m Meant to Be » préfère le relief, les coutures visibles, les humeurs contradictoires. C’est un album d’apprentissage, mais pas au sens scolaire : plutôt l’histoire d’un musicien qui a passé des années à écrire pour comprendre ce qui, en lui, devait sortir en distorsion, en ballade, en cri social ou en adieu.

L’ombre de Metallica plane, évidemment, surtout dans ce goût du riff comme colonne vertébrale morale. Chez Wolejsza, la guitare ne sert pas uniquement à muscler le propos : elle ouvre les portes, elle insiste, elle contredit parfois la fragilité des thèmes. Le travail avec Tim Boate, à la production, au mix et au mastering, donne au disque une architecture plus ample, tandis que Brian Feinstein apporte ce regard extérieur essentiel qui permet aux chansons de ne pas rester enfermées dans leur première intuition. On entend un album né d’une communauté, mais tenu par une solitude créative très personnelle.

« Stupidity Gone Viral » ouvre le bal comme une gifle adressée au grand carnaval numérique. Le titre attaque la culture internet, la viralité toxique, cette manière qu’a notre époque de transformer l’absurde en spectacle et le spectacle en poison collectif. « The Beast I’m Meant to Be », plus intérieur, descend dans une zone beaucoup moins confortable : la dépression, la perte d’espoir, l’estime de soi qui se défait jusqu’à ne plus laisser qu’une créature fatiguée face au miroir.

« The Lion Must Roar » remet du panache dans les veines. On y sent la nécessité de ne pas simplement survivre, mais de retrouver une voix, une présence, une puissance presque primitive. « When A Heart » bascule vers une émotion plus nue, comme si le disque acceptait soudain de laisser tomber l’armure. « The Clear Check Blues » apporte une couleur plus terreuse, presque sarcastique, un pas de côté qui rappelle que Wolejsza ne se limite pas au registre metal : il suit l’idée là où elle demande d’aller.

« Winding Road » porte bien son nom : plus étiré, plus narratif, il donne l’impression d’un trajet mental, d’une route où l’on ne sait plus si l’on avance ou si l’on tourne autour de la même douleur. « The Door That Won’t Open », avec Clydeman, installe une frustration presque cinématographique : quelque chose bloque, résiste, refuse le passage. Puis « One More Hug » vient briser la carapace. Écrit autour de la perte de son chat Bonnie, le morceau touche parce qu’il ne hiérarchise pas la peine. La douleur animale, domestique, intime, y devient un chagrin universel : comprendre qu’un être aimé ne rentrera plus à la maison.

« After Humans » élargit l’angle, comme une vision postérieure à notre propre agitation, tandis que « The Battle of Turtle Pond » referme l’ensemble sur une étrangeté plus narrative, presque mythologique, comme si le disque s’autorisait une dernière échappée hors du strict autobiographique.

« The Beast I’m Meant to Be » n’est pas un album parfait, et c’est justement ce qui le rend attachant. Il a la rugosité d’un premier grand geste, la franchise d’un musicien qui préfère dire trop que trop peu. Matt Wolejsza y assemble colère sociale, mémoire affective, blues, folk, rock et pulsions metal dans un disque qui ne demande pas à être poli : il demande à être entendu.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

Laisser un commentaire

En savoir plus sur EXTRAVAFRENCH

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture