« The Kind Hills glissent « Little Epiphanies » dans nos oreilles comme un rayon de soleil légèrement décalé, rempli de guitares claires, d’amitiés lointaines et de mélancolie qui fait semblant de ne pas insister. »
Le charme de The Kind Hills tient à une contradiction assez précieuse : leur musique donne l’impression de ne pas trop se prendre au sérieux, alors qu’elle sait exactement où elle va. « Little Epiphanies », troisième album de ce collectif indie-pop dispersé entre Brisbane, Perth, Londres, Los Angeles, Hong Kong et Lucerne, avance comme une conversation de vieux amis qui n’a jamais vraiment cessé. On y entend des fuseaux horaires, des souvenirs d’étudiants à Perth, des nuits australiennes prolongées par des bières, des concerts de Custard, Regurgitator ou Eskimo Joe, et cette manière très particulière de faire de la distance un moteur plutôt qu’un obstacle.
Dès « All Your Promises », l’album pose son terrain : des guitares lumineuses, une mélodie qui semble déjà familière, et cette petite fêlure derrière le sourire. Chez The Kind Hills, la promesse n’est jamais totalement naïve ; elle a le goût des choses qu’on a dites trop vite, mais qu’on aimerait encore croire. « Making Memories » poursuit cette ligne avec une douceur presque photographique, comme si le groupe classait ses souvenirs dans une boîte à chaussures en refusant de choisir entre tendresse et ironie.
« Make Indie Pop Great Again » aurait pu être un gag. C’est mieux que ça : une déclaration d’amour à un genre qui survit justement parce qu’il sait rester bancal, jangly, mélodique, un peu loser et très attachant. « I Love Perth » ramène le disque à sa scène primitive, cette ville devenue mythe personnel, décor d’amitiés, de jeunesse, de musique et de décisions probablement douteuses. Puis « The Kind Hills » fonctionne comme une carte d’identité volontairement floue : un morceau qui semble dire que le groupe est moins une formation qu’un état d’esprit.
Le milieu du disque creuse ses fissures avec « Impostor Syndrome », titre parfait pour une génération qui doute même de ses propres élans. The Kind Hills n’en font pas un drame lourd ; ils préfèrent l’envelopper dans une pop claire, presque trop légère pour son propre sujet. « Dance, Dance, Dance » répond par le mouvement, comme si danser restait la meilleure manière de ne pas trop analyser sa vie. « Beer O’clock », lui, assume la blague triste et l’hédonisme de fin d’après-midi : parfois, l’épiphanie tient dans une canette ouverte au bon moment.
« Time to Let Go (Was Long Ago) », avec Icarus Phoenix, apporte une nuance plus résignée, plus adulte : ce moment où l’on comprend que le détachement aurait dû commencer bien avant. « Seaside » rouvre l’horizon, « Young and Dumb » regarde la jeunesse sans la corriger, « Man Flu » s’amuse de la vulnérabilité masculine avec une autodérision salutaire, tandis que « I Need a Holiday » sonne comme le cri universel des gens qui répondent encore à leurs mails en prétendant tenir le coup. Et puis « Vegemite » referme l’ensemble avec ce détail culturel absurde et parfait : une tartine, un clin d’œil, une Australie intime qui refuse de disparaître malgré l’internationalisation du projet.
« Little Epiphanies » n’est pas un album qui cherche la grande révélation mystique. Ses révélations sont petites, justement : une amitié qui dure, une ville qu’on transporte, une mélodie qui colle au pull, une fatigue qui devient drôle, un souvenir qui revient en plein refrain. The Kind Hills signent une indie pop solaire mais pas creuse, nonchalante mais tenue, capable de faire croire que tout est facile alors que cette légèreté-là demande un vrai savoir-faire.
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