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Music Rock

Motihari Brigade n’a pas repris « Fortunate Son » pour décorer la révolution

Motihari Brigade n’a pas repris « Fortunate Son » pour décorer la révolution
  • Publishedmai 27, 2026

« « Fortunate Son » devient entre les mains de Motihari Brigade une grenade classic rock rallumée contre les vieux réflexes militaristes, ceux qui envoient toujours les mêmes au front pendant que les autres regardent depuis le balcon. »

Il y a des reprises qui existent pour rendre hommage. D’autres pour rappeler qu’un morceau n’a jamais fini de mordre. « Fortunate Son », classique de Creedence Clearwater Revival, appartient à cette seconde catégorie : une chanson née pour dénoncer l’hypocrisie des puissants, les guerres portées par ceux qui ne les feront jamais, les privilèges qui transforment la violence en abstraction confortable. Motihari Brigade ne la reprend pas comme on sort une relique d’un musée rock. Le groupe la remet sous tension, comme si le morceau avait simplement attendu son heure pour revenir cogner à la porte.

Le geste est d’autant plus cohérent qu’il s’inscrit dans l’univers de Motihari Brigade, projet mené par Eric Winston et construit autour d’une idée aussi drôle que sérieuse : fabriquer du “Rock-n-Roll Thoughtcrime” pour les esprits indépendants. Le nom même du groupe, emprunté à Motihari en Inde, ville natale de George Orwell, dit déjà beaucoup de la trajectoire : ici, le rock sert à poser des questions, à déranger les récits officiels, à secouer les automatismes politiques avec des guitares plutôt qu’avec des slogans trop propres.

« Fortunate Son » arrive comme un teaser malin avant « Problematic », troisième album prévu autour d’une forme de mini-rock-opéra consacré à la marche absurde vers la guerre et à ses décombres. Dans ce contexte, la reprise n’est pas un bonus décoratif : c’est une pancarte lumineuse plantée au bord de la route. Au cas où le message sur le militarisme galopant n’aurait pas été assez clair, Motihari Brigade ressort l’un des plus grands uppercuts anti-guerre du rock américain et le branche sur son propre courant.

Musicalement, cette version cherche l’explosion plutôt que la révérence. Elle garde la sève garage/classic rock du morceau, mais lui redonne une urgence de présent, une rugosité plus contemporaine, presque glam dans l’attitude, alternative dans la tension. La voix ne chante pas seulement la colère : elle semble constater que l’Histoire a une fâcheuse tendance à tourner en boucle, surtout quand personne ne veut vraiment écouter les avertissements.

Ce qui fonctionne, c’est que Motihari Brigade ne tente pas de moderniser « Fortunate Son » à coups d’artifices inutiles. Le groupe comprend que la modernité du titre est déjà dans son nerf politique. Il suffit de jouer fort, juste, avec assez de mauvaise humeur pour que les mots retrouvent leur poids. La reprise devient alors moins un retour vers les années 60 qu’un miroir tendu à notre époque : mêmes guerres racontées autrement, mêmes élites à distance, mêmes corps envoyés dans la fumée.

Motihari Brigade signe une version qui ne demande pas la permission d’exister. « Fortunate Son » ressort ici sale, vivant, nécessaire. Pas nostalgique. Problématique, exactement comme il faut.

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Extravafrench

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