« « Sound Of The Underground » ne vient pas flatter l’EDM brillante des écrans géants : MÖM y cherche la sueur, la tension, les phares de nuit et ce moment où le beat ressemble presque à une fuite. »
Le mot underground est souvent devenu un sticker. On le colle sur des tracks trop polies, des drops trop sages, des looks trop calculés, comme si l’obscurité pouvait se fabriquer en trois presets et un néon violet. « Sound Of The Underground » de MÖM a au moins le mérite de rappeler que le sous-sol n’est pas une esthétique, mais une pression. Une façon de faire sonner la musique depuis l’endroit où les murs transpirent encore, où les basses ne décorent pas l’espace mais le déplacent.
Le morceau avance sans sourire publicitaire. Bass house dans la poussée, rave dans la voix, techno dans le nerf, electro dans les angles, il ne cherche pas l’hymne EDM consensuel qui explose au bon moment pour rassurer tout le monde. Il préfère une tension plus sombre, plus physique, presque cinématique. On imagine moins une scène de festival en plein jour qu’une voiture lancée trop tard sur une route vide, ou une salle basse de plafond où la lumière ne sert pas à voir mais à perdre le sens de la pièce.
MÖM construit sa musique autour d’une idée simple : le corps et l’émotion ne sont pas ennemis. « Sound Of The Underground » frappe fort, mais il ne se réduit pas à son impact. La production joue sur des montées mélodiques, des textures qui ouvrent l’espace, une énergie de workout nocturne qui donne envie d’accélérer sans tout oublier. On sent l’influence d’artistes comme Justice dans le goût du grain électrique, Daft Punk dans la science du motif, Bicep ou Tinlicker dans cette manière de rendre la danse presque mentale, et Parra for Cuva dans l’attention à l’atmosphère. Mais le morceau ne se contente pas d’empiler des références : il les compresse dans une identité plus brute, plus anonyme, plus tendue.
Après le beau parcours de « Circles », récompensé aux International Music Video Awards et aux Europe Music Video Awards, MÖM semble vouloir durcir le trait. « Sound Of The Underground » ne cherche pas à être aimé par tout le monde, et c’est ce qui le rend plus intéressant. Il assume une part d’ombre, une énergie moins soluble dans la pop, une envie de club qui garde quelque chose de clandestin même quand la production est nette.
Le projet, bâti autour de l’anonymat, de la liberté et d’une forme d’art sans compromis, trouve ici une belle définition sonore. Pas besoin de visage quand la basse sait parler. Pas besoin de récit trop explicatif quand le morceau donne déjà la sensation d’un monde parallèle, plus rapide, plus sombre, plus sincère peut-être que la surface.
« Sound Of The Underground » sonne comme une porte métallique qu’on pousse après minuit. Derrière, rien n’est vraiment confortable. Mais tout est vivant.
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