« Avec “Gangstar”, Glamor et JP bacallan signent un afro-fusion mélancolique où la posture de dur se fissure juste assez pour laisser passer le cœur. »
Le mot pourrait faire croire à un morceau plus arrogant, plus frontal, plus muscles dehors. « Gangstar » arrive pourtant par une porte beaucoup plus trouble. Chez Glamor et JP bacallan, la rue n’est pas seulement un décor d’attitude : elle devient une chambre mentale, un endroit où l’on apprend à masquer la fragilité sous des vêtements trop grands, à transformer la peine en rythme, à faire passer la mélancolie pour du charisme. Le titre joue précisément là-dessus, dans cet écart sensible entre ce que l’on prétend être et ce que la voix finit toujours par révéler.
« Gangstar » avance dans une zone hybride, quelque part entre Afrobeats, Afro-pop, Afro-fusion et African Hip-Hop, avec cette couleur Adult Contemporary qui adoucit les contours sans jamais éteindre la tension. La production ne cherche pas la démonstration. Elle préfère le balancement, le climat, une forme de lenteur assumée qui laisse les émotions s’installer dans les interstices. Rien n’est trop brutal, rien n’est trop sucré non plus. Le morceau a cette allure chill et moody des chansons qui font semblant de ne pas souffrir, mais dont chaque détail semble retenir une phrase qu’on n’ose pas dire.
Glamor, de son vrai nom Victor Glamour Godwin, porte cette dualité avec une vraie intuition mélodique. Originaire d’Agbor, dans l’État du Delta au Nigeria, il revendique une musique capable de traverser l’Afrobeat, l’Amapiano, le Street-Hop ou le R&B, mais ce qui retient ici n’est pas seulement sa polyvalence. C’est plutôt sa manière de ne jamais choisir complètement entre l’assurance et la blessure. Sa voix ne se pose pas sur le morceau comme un simple élément de topline : elle le colore de l’intérieur, avec une présence qui semble flotter entre séduction, fatigue émotionnelle et ambition tenace.
La présence de JP bacallan apporte à « Gangstar » une texture supplémentaire, notamment par l’usage de l’anglais et du filipino, qui donne au morceau une circulation plus large, presque diasporique. Les langues ne servent pas seulement à varier l’esthétique : elles ouvrent des angles, elles donnent au titre l’impression d’exister entre plusieurs réalités culturelles, plusieurs manières de dire le désir, la peine, la loyauté ou la distance. C’est l’un des charmes du morceau : il ne s’enferme jamais dans une seule géographie. Il avance comme une conversation nocturne entre Lagos, Manille et une ville imaginaire où tous les cœurs jouent les invincibles.
Musicalement, « Gangstar » fonctionne parce qu’il refuse le piège du morceau de posture. Le groove est là, les rythmes accrochent, le potentiel playlist est évident, mais le titre n’a rien d’un simple exercice d’efficacité. Il garde une part de tristesse dans le mouvement, une ombre derrière la sensualité. On entend une mélancolie discrète, presque élégante, qui empêche le morceau de devenir trop lisse. La rythmique invite au balancement, mais l’ambiance garde les yeux baissés. C’est une chanson qui peut accompagner une nuit douce, mais aussi le trajet du retour, quand la fête est finie et que le personnage que l’on jouait commence à tomber.
Glamor a souvent construit son univers autour de l’amour, de la résilience, de l’ambition et de cette énergie street qui donne à ses morceaux une accroche immédiate. Avec « Gangstar », il affine cette formule en y glissant davantage de clair-obscur. Le morceau n’a pas besoin de crier pour exister. Il séduit par sa retenue, par cette façon d’être accessible sans devenir prévisible, sentimental sans devenir fragile au mauvais sens du terme.
Au fond, « Gangstar » raconte moins un gangster qu’un homme qui essaie de garder une armure propre malgré les tempêtes intérieures. Et c’est là que Glamor et JP bacallan trouvent leur justesse : dans cette idée qu’une chanson afro-fusion peut être à la fois douce, fière, blessée et profondément moderne. Un morceau pour ceux qui dansent encore, même quand quelque chose en eux regarde ailleurs.
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