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Veradas crache « Hud Money » dans la gueule de l’algorithme

Veradas crache « Hud Money » dans la gueule de l’algorithme
  • Publishedjuin 1, 2026

« Avec “Hud Money”, Veradas signe un uppercut psych-grunge halluciné, où les guitares fuzz deviennent la bande-son d’une génération avalée par ses propres écrans. »

Le téléphone vibre. Encore. Quelque part, une notification veut remplacer une pensée, une lumière bleue ronge la nuit, un pouce défile dans le vide avec la régularité triste d’un métronome malade. Puis « Hud Money » démarre, et Veradas fait exactement ce que le rock devrait toujours savoir faire quand le monde devient trop propre : salir la vitre, saturer la pièce, remettre du corps dans la panique.

Trio psych-rock venu de Portland, Veradas n’a visiblement aucune envie d’entrer dans le moule confortable des groupes à “identité de marque”. Tant mieux. Le rock meurt souvent le jour où il commence à ressembler à une stratégie de contenu. Chez Travis Ferguson, Shane Fisher et John Hetherington, la musique semble au contraire pousser depuis une cave, un nerf, une jam trop longue devenue nécessité. « Hud Money », annoncé comme prélude à l’album « Universal Relays », arrive avec cette allure de bête difforme qu’on aurait laissée grandir loin des regards : riffs sludgy, batteries tribales, harmonies menaçantes, effets arty, crochets cathartiques. Un morceau qui ne demande pas à être rangé, mais à être encaissé.

Le titre joue déjà avec ses fantômes. « Hud Money » glisse un clin d’œil à Mudhoney, et l’on entend bien l’écho grunge dans les guitares épaisses, les frappes qui cognent comme si le bois allait céder, cette façon de faire du bruit non pas une décoration mais une matière vivante. Pourtant, Veradas ne se contente pas de rejouer la mythologie du Northwest sous fuzz vintage. Le groupe y injecte une sensibilité grunge-gaze plus trouble, presque hallucinatoire, où le mur de son ne sert pas seulement à écraser : il désoriente, il engloutit, il devient décor mental.

Ce qui rend « Hud Money » plus intéressant qu’un simple morceau de garage rock sous acide, c’est son cerveau. Travis Ferguson écrit depuis une inquiétude très contemporaine : celle d’un humain pris dans les relais invisibles du numérique, perdu entre anxiété, addiction, frustration et fatigue existentielle. Le morceau ne se contente pas de dire que les écrans nous mangent. Il le fait sentir. La production a quelque chose de saturé comme une pensée qui ne trouve plus d’issue, de rugueux comme une vérité mâchée trop longtemps. Les guitares semblent se débattre dans le même piège que les paroles : elles avancent, trébuchent, se recouvrent, se déforment, comme si chaque effet ouvrait une nouvelle couche de malaise.

La force de Veradas tient dans cette tension rare entre sauvagerie et érudition. On sent derrière le chaos un groupe qui a beaucoup digéré : shoegaze, jazz, funk, grunge des années 90, alt-rock, Kraut rock, psychédélisme américain, bizarreries australiennes, et même l’ombre inattendue des Everly Brothers dans le goût des harmonies. Sur le papier, cette liste pourrait ressembler à une brocante d’influences. Dans « Hud Money », elle devient un organisme. Rien ne sonne comme une citation. Tout est absorbé, broyé, recraché dans une langue commune : celle d’un trio qui préfère suivre ses impulsions plutôt que demander au genre ce qu’il a le droit de faire.

Il y a aussi, dans ce morceau, une vraie science du groupe à trois. Veradas exploite son format sans chercher à le masquer : la basse ne se contente pas d’épaissir, elle rampe ; la batterie ne pulse pas seulement, elle ritualise ; la guitare ouvre des failles ; les voix doublées ajoutent une étrangeté presque venimeuse. On n’est pas dans le rock “bien produit” au sens poli du terme. On est dans une production qui conserve l’instinct, la sueur, la sensation que le morceau aurait pu durer dix minutes de plus dans un sous-sol de Portland avant de trouver sa forme définitive.

« Hud Money » n’est pas aimable, et c’est une qualité. Il refuse cette obsession actuelle pour la chanson immédiatement digeste, optimisée pour ne faire peur à personne. Veradas choisit le relief, l’abrasion, la pensée qui gratte. Le morceau ne caresse pas l’époque : il la fixe jusqu’à ce qu’elle détourne les yeux. Derrière ses riffs poisseux et ses harmonies sombres, il raconte une lutte très simple et très vaste : rester humain dans un monde qui confond connexion et présence, vitesse et sens, bruit et vérité.

À l’arrivée, Veradas signe un morceau qui ressemble moins à un single qu’à une décharge nerveuse. « Hud Money » a la beauté des choses qui débordent : trop de fuzz pour être sage, trop d’idées pour être simplement rétro, trop de colère pour être décoratif. Un morceau de rock psychédélique garage qui ne veut pas nous sauver du chaos numérique, mais nous rappeler qu’on peut encore lui répondre autrement qu’en scrollant : en montant le volume.

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Written By
Extravafrench

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