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Kenwiza sort enfin de l’ombre avec « Yes! » et « How? »

Kenwiza sort enfin de l’ombre avec « Yes! » et « How? »
  • Publishedjuin 5, 2026

« Avec « Yes! » et « How? », Kenwiza ne signe pas seulement deux morceaux : il ouvre « Trips Vol. 1 » comme un voyage sentimental entre euphorie immédiate, vertige amoureux et afrobeats underground en pleine ascension. »

Les grands producteurs ont souvent ce destin étrange : on connaît leurs sons avant de connaître leur nom. Ils dessinent les couleurs, installent les basses, sculptent les émotions des autres, puis restent quelque part derrière le rideau, dans cette zone floue des crédits que seuls les passionnés lisent vraiment. Kenwiza, lui, semble avoir décidé que le rideau avait assez duré. Avec « Trips Vol. 1 », son premier EP, le producteur, musicien et ingénieur du son nigérian basé à Manchester passe de l’arrière-plan à la vision totale.

Ce n’est pas un geste anodin. Kenwiza arrive avec un CV déjà massif : plus de 300 millions de streams générés par ses productions, plus d’un million d’exemplaires vendus, des collaborations avec Gunna, Victor Thompson, Victony ou Falz, et une certification platine liée au hit « This Year (Blessings) ». Mais « Trips Vol. 1 » raconte autre chose que la performance industrielle. C’est un projet de reprise de pouvoir. Un EP pensé comme un voyage, au sens géographique, émotionnel et culturel, mais aussi comme un clin d’œil au slang nigérian “catching trips”, cette montée euphorique que l’on cherche dans l’amour, la fête, la musique, le mouvement.

« Yes! », avec Puppatiya, ouvre le projet comme une réponse qui n’a plus besoin d’hésiter. Le titre claque court, net, lumineux. Il y a dans ce “oui” quelque chose de physique : l’instant où le désir trouve un feu vert, où l’attraction cesse d’être une hypothèse pour devenir une impulsion. Kenwiza y construit un anthem vibrant, club-ready, porté par un bounce afropop souple, des voix sleek et cette science du détail qui fait toute la différence : synth bass, accords texturés, percussion qui ne surcharge jamais mais maintient le corps dans une tension heureuse.

« Yes! » n’est pas seulement un morceau d’euphorie. C’est une entrée en matière stratégique. Kenwiza y annonce le programme de l’EP : de la chaleur, du rythme, du sentiment, mais surtout une manière de donner de l’espace aux artistes qu’il choisit de mettre en avant. Puppatiya n’est pas traité comme une simple voix posée sur une production brillante ; il devient l’un des visages d’un monde que Kenwiza assemble avec patience. Le morceau respire cette idée de collaboration organique, de talent grassroots propulsé dans une architecture sonore ample et internationale.

Puis « How? », avec Mvce, vient casser la ligne droite du plaisir. Après le “oui” solaire, la question. Après l’élan, le trouble. Le titre bascule vers un R&B contemporain plus intime, plus nocturne, teinté de retro soul et d’indie R&B. « How? » semble capturer ce moment beaucoup plus fragile où l’amour ne fait plus seulement danser : il désoriente. Comment est-ce possible ? Comment ce sentiment prend-il autant de place ? Comment quelque chose d’aussi beau peut-il devenir aussi confus ?

C’est là que Kenwiza révèle sa finesse de producteur émotionnel. Il ne cherche pas à tout résoudre par la grandeur du beat. Au contraire, « How? » semble laisser de la place au doute, à la respiration, à l’inconfort doux des relations qui ne se laissent pas expliquer. La production devient plus intérieure, plus feutrée, portée par des textures qui donnent à la voix de Mvce un terrain idéal pour explorer cette “beautiful confusion” de l’amour. On n’est plus dans le feu vert de « Yes! », mais dans la chambre mentale d’après, quand l’émotion demande des comptes.

Le contraste entre les deux morceaux est précisément ce qui rend « Trips Vol. 1 » intéressant. Kenwiza ne se contente pas d’aligner des ambiances afrobeats séduisantes. Il construit un arc. « Yes! » raconte le rush de l’attraction ; « How? » révèle la complexité qui arrive quand le sentiment s’installe. Entre les deux, on entend un producteur capable de penser l’EP comme une progression narrative, pas comme une simple carte de visite.

Ce projet a aussi quelque chose de profondément diasporique. Certaines parties ont été enregistrées à Lagos, d’autres construites entre la Californie, l’Ohio et Manchester. Cette circulation se ressent dans la musique : culturellement enracinée, mais jamais fermée ; globalement produite, mais pas dévitalisée. Kenwiza ne lisse pas l’afrobeats pour le rendre exportable. Il lui donne un écrin large, précis, mouvant, où l’alté, le R&B, le hip-hop mélodique et la pop genre-fluid peuvent dialoguer sans se neutraliser.

Le plus beau, au fond, tient dans le geste. « Trips Vol. 1 » naît d’une frustration transformée en méthode : les mails sans réponse, les placements manqués, les morceaux restés dans l’ombre, les attentes imposées par l’industrie. Kenwiza aurait pu continuer à attendre qu’on lui ouvre la porte. Il a préféré construire la pièce. Hand-picking des artistes, direction sonore, engineering, cohérence émotionnelle : tout dans cet EP affirme qu’un producteur peut être plus qu’un nom en bas de page. Il peut être auteur d’un monde.

Avec « Yes! » et « How? », Kenwiza dévoile donc deux pôles essentiels de son langage : l’euphorie et la question, le corps et le vertige, le club et l’intime. Deux morceaux qui prouvent que son talent ne se limite pas à faire sonner les autres, mais à faire circuler des émotions entières entre plusieurs voix, plusieurs villes, plusieurs états amoureux.

« Trips Vol. 1 » porte bien son nom. Ce n’est pas une destination fixe. C’est un trajet. Et Kenwiza, cette fois, ne conduit plus depuis l’ombre.

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Written By
Extravafrench

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