« « So It Goes » avance comme un sourire lancé au hasard : Mike Hause y signe un premier single rock lumineux, capable de transformer les accidents d’une vie ordinaire en moments presque sacrés. »
La vie adore se faire passer pour une suite d’événements sans importance. On traverse des journées, on rate des trains, on croise des gens, on prend des décisions minuscules qui, sur le moment, n’ont pas l’air de compter. Puis des années plus tard, on comprend que certaines secondes avaient tout déplacé en silence. « So It Goes » de Mike Hause part de cette intuition-là : derrière l’apparente banalité du quotidien, il existe des moments qui résistent à l’oubli, des instants qui donnent soudain du relief à une existence qu’on croyait trop simple.
Premier single de l’artiste rock et alt-rock originaire de St. Louis, aujourd’hui installé à Nashville, « So It Goes » a la chaleur d’une entrée en scène sans cynisme. Le morceau ne cherche pas à impressionner par la noirceur ou par la posture. Il choisit au contraire une voie plus difficile qu’elle n’en a l’air : la gratitude. Pas une gratitude de carte postale, pas une positivité forcée, mais ce sentiment plus rare qui consiste à regarder les choses en face et à se dire, malgré tout, voilà, c’est arrivé, et c’était peut-être beau.
Musicalement, Mike Hause construit un rock mélodique très direct, porté par des guitares motrices, un piano joyeux et des harmonies vocales généreuses. Le titre possède cette qualité immédiate des chansons qui semblent avoir déjà vécu dans une voiture, une cuisine, un concert de fin de soirée. Les mélodies accrochent vite, mais l’ensemble ne tombe pas dans le simple refrain facile. Il y a une vraie construction émotionnelle, une manière de faire monter la lumière sans écraser la nuance.
Ce qui séduit dans « So It Goes », c’est son rapport au destin. La formule pourrait être fataliste, presque résignée. Chez Mike Hause, elle devient plus douce, plus active. “Ainsi va la vie”, oui, mais pas comme une capitulation. Plutôt comme une acceptation pleine de tendresse, une façon de reconnaître que tout ne se contrôle pas, que certaines rencontres et certains détours nous fabriquent malgré nous. Le morceau transforme cette idée en énergie rock, avec assez d’élan pour éviter la nostalgie figée.
La voix joue un rôle essentiel dans cette impression de proximité. Elle porte la chanson avec un mélange de sincérité et de légèreté, comme quelqu’un qui raconte enfin une vérité simple après avoir longtemps cru qu’elle ne valait pas la peine d’être dite. Mike Hause, multi-instrumentiste et songwriter, semble comprendre que la force d’un premier single tient souvent dans sa capacité à donner un visage humain avant de définir un univers. « So It Goes » réussit cela : il présente un artiste attaché aux mélodies, aux détails de vie, à la puissance discrète des choses qui restent.
Le morceau parle de gratitude, mais aussi de mémoire. Ces “consequential moments” qui défient une vie apparemment inconsequente deviennent ici la vraie matière de la chanson. Mike Hause ne chante pas la grandeur spectaculaire. Il chante ces fragments qui, mis bout à bout, finissent par dessiner quelqu’un. C’est peut-être pour cela que « So It Goes » touche sans forcer : il rappelle que nos vies ne deviennent pas importantes parce qu’elles ressemblent à des films, mais parce qu’elles contiennent des scènes que personne d’autre ne pourrait vivre à notre place.
Avec ce premier single, Mike Hause signe une proposition alt-rock solaire, sincère et parfaitement tenue, entre énergie pop rock, émotion accessible et sens mélodique évident. « So It Goes » ne prétend pas réinventer la roue. Il fait mieux : il lui redonne une direction, un peu de poussière, beaucoup de cœur, et cette sensation très précieuse qu’une chanson peut parfois rendre le hasard plus habitable.
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