« Avec « Isn’t It Beautiful », Taves signe une afro-alt-pop solaire et mélancolique, où la beauté n’est pas un décor parfait, mais une sensation fragile qui apparaît quand le monde recommence enfin à respirer. »
La beauté arrive rarement en fanfare. Elle se glisse plutôt dans un détail : une voix qui s’étire, une lumière qui change, un rythme qui fait bouger quelque chose avant même qu’on comprenne pourquoi. « Isn’t It Beautiful » de Taves tient dans cette suspension-là, dans ce moment où l’on ne sait plus très bien si l’on écoute une chanson d’amour, une prière pop ou une tentative de ralentir le chaos juste assez longtemps pour remarquer ce qui brille encore.
Né à Port-Harcourt et élevé à Ibadan, Toluwanimi Aluko, alias Taves, avance avec cette élégance rare des artistes qui ne cherchent pas à choisir une seule porte d’entrée. Afrobeats, afro-pop, alt-pop, synthpop, R&B, folk mélodique : tout semble pouvoir passer dans sa musique, à condition de servir l’émotion. Ses influences, d’Asa à Wande Coal, de Khalid à Post Malone, de Bryson Tiller à Ed Sheeran, dessinent un carrefour très contemporain, mais « Isn’t It Beautiful » ne donne jamais l’impression de courir après un son global sans âme. Au contraire, le morceau cherche son propre centre.
La force du titre vient de sa question. « Isn’t It Beautiful » n’affirme pas frontalement que tout est beau. Il demande. Il laisse planer un doute, une douceur, peut-être même une blessure derrière l’émerveillement. Cette nuance change tout. On n’est pas dans une euphorie naïve, mais dans une beauté consciente d’elle-même, presque gagnée contre le bruit du monde. Le morceau semble regarder la vie avec une tendresse prudente, comme si l’artiste savait que le lumineux n’est jamais totalement séparé du fragile.
Musicalement, Taves joue sur une chaleur afro-fusion élégante, portée par une pop alternative aux contours doux et des couleurs synthétiques suffisamment fines pour ne pas voler la place à la voix. Le groove apporte l’élan, ce balancement qui donne immédiatement envie de suivre le morceau du corps, tandis que les textures alt-pop ouvrent un espace plus rêveur, plus aérien. C’est une chanson qui bouge sans brusquer, qui rayonne sans éblouir, qui préfère l’onde à l’explosion.
La voix de Taves reste l’élément central. Elle a cette souplesse mélodique qui peut rendre une phrase simple presque addictive, mais aussi cette retenue qui évite au morceau de tomber dans la pure séduction facile. On sent un artiste qui sait travailler l’émotion par couches : un peu de douceur, un peu de désir, un peu de gratitude, un peu de vertige. « Isn’t It Beautiful » ne cherche pas à dominer l’auditeur. Il l’invite à entrer dans une humeur.
Ce single confirme aussi l’intérêt d’un artiste qui s’est d’abord fait remarquer par ses reprises, avant d’affirmer progressivement un univers personnel. Cette trajectoire se ressent : Taves possède l’oreille de ceux qui ont longtemps appris à réinterpréter, mais il transforme désormais cette capacité en écriture propre. Il ne chante pas seulement bien. Il installe une couleur.
Avec « Isn’t It Beautiful », Taves signe une proposition à la fois accessible, raffinée et émotionnellement ouverte, idéale pour les playlists afro-pop, alt-pop et R&B lumineux. Un morceau qui rappelle que la beauté n’est pas toujours une réponse. Parfois, c’est une question posée au bon moment, sur le bon groove, avec une voix assez sincère pour nous donner envie d’y croire.
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