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Bawon remet le rap à sa « Rite Thang »

Bawon remet le rap à sa « Rite Thang »
  • Publishedjuin 18, 2026

« Rite Thang » voit Bawon réactiver l’ADN rugueux du Queens sans jouer au conservateur : les fondations sont anciennes, mais la colère, elle, connaît parfaitement l’époque.

Le beat entre comme un type qui n’a rien à prouver. Pas de gyrophare, pas de grand geste pour attirer les regards, encore moins de tentative désespérée pour s’incruster dans la playlist du moment. Quelques secondes suffisent pour comprendre que « Rite Thang » ne court pas après l’air du temps : Bawon l’attend au coin de la rue, les mains dans les poches, avec cette tranquillité légèrement menaçante de ceux qui savent exactement d’où ils parlent.

Également connu sous le nom de Stalin The Innercity Rebel, le rappeur du Queens signe ici le premier extrait d’un album à venir. Une entrée en matière qui tient moins de la carte de visite que de la remise à niveau. Bawon ne demande pas si le hip-hop dit « réel » existe encore. Il en apporte directement une preuve, sèche, dense, sans filtre esthétique ajouté pour rassurer l’algorithme.

La production avance à hauteur de bitume. Son rythme est posé, presque chill, mais cette lenteur n’a rien de cotonneux. Elle crée au contraire l’espace nécessaire pour que chaque syllabe s’installe, pèse et laisse une marque. La batterie cogne sans excès, la boucle demeure sobre, et l’ensemble conserve ce grain volontairement brut qui évoque les caves, les cages d’escalier et les studios où l’on enregistrait moins pour devenir viral que pour être respecté par ceux qui savaient écouter.

Bawon rappe avec une diction compacte, une voix dont la patine semble avoir absorbé plusieurs vies new-yorkaises. Son écriture ne cherche pas la petite formule immédiatement découpable pour les réseaux. Elle se déploie par couches, avec une densité qui réclame plusieurs passages. Ici, la répétition n’est pas un défaut : elle devient une méthode d’exploration. On revient sur « Rite Thang » comme on remonte une rue déjà connue en réalisant que certains détails nous avaient échappé.

La référence à l’âge d’or se devine, évidemment, mais elle ne se transforme jamais en costume d’époque. Bawon ne tente pas de reproduire artificiellement une photographie jaunie du rap des années 1990. Il conserve la rigueur des constructions, l’importance donnée au texte et ce rapport presque physique à la rime, tout en parlant depuis maintenant. Le passé fournit la grammaire ; le présent apporte la tension.

Ce refus des tendances pourrait ressembler à une posture si le morceau n’était pas aussi solidement tenu. Or, « Rite Thang » ne revendique pas son authenticité à coups de slogans : il la démontre dans sa manière de laisser le rap occuper le centre, sans refrains surdimensionnés ni production déguisée pour séduire plusieurs marchés en même temps. Le titre gagne sa place à l’ancienne, par la présence et la qualité de sa construction.

Bawon rappelle ainsi une vérité que l’industrie oublie régulièrement : le hip-hop n’a pas besoin d’être ressuscité puisqu’il n’a jamais disparu. Il continuait simplement à écrire dans l’ombre, loin des modes jetables et des faux enterrements. « Rite Thang » envoie le message sans élever la voix. Parfois, la forme la plus nette de résistance consiste simplement à faire les choses correctement.

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Written By
Extravafrench

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