Plaisir de France & CLO font danser les souvenirs avec ce chic légèrement de travers qui appartient aux gens ayant traversé plusieurs vies musicales. D’un côté, Julien, enfant des vinyles, des premières raves et d’une électronique immédiatement perçue comme le son du futur. De l’autre, CLO, chanteuse nourrie à Brel, Dorothée et aux grandes scènes, passée des premières parties de Peaches aux collaborations mexicaines qui ont déplacé son regard vers le club.
Leur nouveau morceau, « Danse avec moi ce soir », réunit ces deux trajectoires dans une électro-pop qui préfère la fièvre à la nostalgie figée. Un titre pensé pour rapprocher les corps, mais aussi pour rappeler que derrière chaque machine se cachent des obsessions, des accidents de studio, des doutes et quelques paires de chaussures impossibles à porter.
Avant sa sortie, le duo remonte avec nous le fil de ses premières fois : première émotion musicale, premier concert, première scène, première claque artistique et premiers cachets dépensés. Deux générations, deux mémoires et une même envie intacte de faire danser.
La première chanson qui t’a touché·e ?
CLO : « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. Depuis toujours, je suis très sensible aux textes des chansons, et la phrase « Je t’offrirai des perles de pluie venues d’un pays où il ne pleut pas » me touche à l’infini.
JULIEN : En 1978, des amis de mes parents achètent une chaîne hi-fi et mettent le son à fond. C’était « Born to Be Alive » de Patrick Hernandez, et je m’en souviens encore. J’ai reçu la même claque sonore en découvrant l’électro vers 1990. Je me suis dit : « C’est le son du futur, allons-y ! »
Le ou la première artiste dont tu as été fan ?
JULIEN : Chagrin d’Amour, dont j’avais acheté le vinyle pour une boum en CM2.
CLO : Pour dire toute la vérité, c’était quand même Dorothée et ses chaussettes rouges et jaunes à petits pois… Hypnotisant !
La première chanson que tu as écrite ?
JULIEN : « Toi qui cours l’aventure », en 1999. C’était aussi le premier disque de Plaisir de France sorti en vinyle.
CLO : « Snap Dragon », avec mon groupe We Are Enfant Terrible.
Le premier concert auquel tu as assisté ?
JULIEN : Stereolab, The Field Mice et The Little Rabbits au Festival des Inrockuptibles, vers 1987. C’était la grande époque de Bernard Lenoir sur France Inter, l’homme qui a sauvé ma vie musicale.
CLO : MC Solaar sur le parking de la mer à Quend-Plage-les-Pins. J’avais huit ans et je chantais « Caroline » en boucle.
La première scène que tu as faite ?
CLO : J’ai eu la chance de commencer ma carrière live en assurant la première partie de l’incroyable artiste canadienne Peaches, au Showcase à Paris. Sa manageuse avait repéré mon groupe sur Internet. On n’avait encore jamais joué en live et on a directement commencé par un gros événement. C’était dingue !
JULIEN : En 1989, comme bassiste dans le groupe de mes amis, Les Latus Timéos, inspiré par Happy Mondays et la scène de Manchester. Le but était déjà d’émouvoir et de faire danser.
La première fois où tu t’es dit : « OK, je suis artiste » ?
JULIEN : Lorsque la musique a commencé à payer ma vie et mon loyer, vers 1996.
CLO : Quand j’ai joué au festival de Dour avec mon groupe We Are Enfant Terrible. Ce festival était un rêve immense. J’y étais allée plusieurs fois comme festivalière pendant mon adolescence, puis je me suis retrouvée sur scène en tant que chanteuse. Je me suis dit : « Waouh, alors c’est vrai, je suis une véritable artiste. » Même si je dois encore m’en convaincre chaque jour, parce que je doute énormément.
La première opportunité musicale qui a changé ta vie d’artiste ?
CLO : Certaines premières parties d’artistes que j’admire beaucoup ont été particulièrement inspirantes. Je parlais de Peaches, mais j’ai aussi eu l’occasion d’ouvrir plusieurs dates de la dernière tournée de Sébastien Tellier. Ça m’a beaucoup aidée à avancer dans ma réflexion artistique.
JULIEN : La signature de mon premier contrat pour trois maxis de Plaisir de France chez Pro-Zak Trax et Barclay, en 2000. C’était une époque où l’on avait un véritable contrat, avec du matériel, une avance, de la promotion et des dates de DJ.
Ta première déception musicale ?
CLO : Attention, grosse réflexion de boomer, mais je vais dire le streaming. C’est formidable de pouvoir tout écouter, tout le temps et partout. Mais cette course aux streams, ces gens obsédés par leur nombre d’écoutes mensuelles, ceux qui consomment sans vraiment prêter attention à ce qu’ils entendent, et toute l’industrie financière derrière, qui ne profite même pas aux artistes… Tout cela tue un peu l’âme de la musique, et c’est déprimant.
JULIEN : La musique commerciale des boîtes de nuit des années 90. Vive les raves, avant qu’elles ne deviennent trop dures, puis les soirées privées dans les manoirs !
Le premier moment en studio qui t’a retourné ?
JULIEN : Les boucles magiques créées au sampler en 1998. Et surtout, le moment où l’ordinateur plante sans sauvegarde après trois jours de travail…
Le premier message d’un ou d’une fan qui t’a vraiment touchée ?
CLO : J’ai récemment reçu un message au sujet de ma chanson « Si tu savais ». Une jeune fille me disait qu’elle avait l’impression de l’avoir écrite elle-même, tant le morceau faisait écho à son histoire d’amour, et qu’il lui avait donné la force d’avancer. J’ai trouvé ça très beau. C’est aussi pour cela qu’on fait de la musique : pour partager des émotions et créer cette magie qui permet d’écouter une chanson en se sentant un peu moins seul·e.
La première collaboration qui t’a bousculé·e ?
JULIEN : En 2005, un rêve de gosse totalement inattendu : refaire ma version inédite du « Grand Sommeil », mais cette fois avec Étienne Daho. À l’origine, je l’avais enregistrée sans autorisation et envoyée gratuitement un peu partout.
CLO : Récemment, j’ai eu l’occasion de travailler avec plusieurs artistes mexicains incroyables pour mon EP de remixes. J’avais aussi eu la chance de tourner au Mexique quelques années auparavant, et ça m’avait mis une énorme claque : l’énergie, la créativité, les clubs incroyables… Cela m’a donné envie d’aller vers une musique davantage tournée vers le dancefloor, moins formatée et plus libre. Je n’ai pas encore trouvé la recette parfaite, mais j’y travaille !
La première critique qui t’a fait grandir ? Qu’as-tu changé ensuite ?
CLO & JULIEN : Pas de réponse. Certaines critiques ont peut-être besoin d’un peu plus de temps avant de devenir des souvenirs racontables.
La première fois où tu as annulé quelque chose pour protéger ta santé mentale ?
JULIEN : Top secret.
CLO : Je ne crois pas avoir déjà annulé quelque chose pour cette raison, mais la santé mentale est un sujet très important. La charge mentale et la pression que l’on s’impose peuvent vite rendre zinzin. Personnellement, j’y fais très attention. Je veille à être entourée de personnes bienveillantes, dans le travail comme dans la vie, qui savent me mettre des warnings quand j’en fais trop ou que je déconne. Elles se reconnaîtront si elles lisent cette interview : je vous aime, mes trésors ❤️
Le premier cachet que tu as dépensé stupidement, mais de manière iconique ?
CLO : Je suis complètement fétichiste des chaussures. J’ai souvent dépensé mes cachets dans des paires incroyables que je ne porte pas forcément. Par exemple, d’immenses talons recouverts de paillettes : je suis incapable de marcher avec, mais j’adore les regarder. Ce sont comme des œuvres d’art iconiques pour moi.
JULIEN : Je n’ai jamais dépensé de cachet stupidement.
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