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Music Pop Rock

John Lebanon cherche son ancrage sur « Kite Without a String »

John Lebanon cherche son ancrage sur « Kite Without a String »
  • Publishedjuin 25, 2026

« Kite Without a String » relie Beyrouth à la Nouvelle-Angleterre dans un album d’indie folk-rock où John Lebanon transforme le déracinement, la foi et les souvenirs en une lente reconquête du sentiment d’appartenance.

Un cerf-volant sans fil possède tout le ciel, mais plus aucun chemin pour rentrer.

L’image choisie par John Lebanon résume une liberté traversée d’inquiétude. Vivre sous un autre ciel, recommencer ailleurs, adopter de nouveaux paysages : chaque déplacement ouvre des possibles tout en fragilisant les coordonnées intérieures. Écrit entre Beyrouth et la Nouvelle-Angleterre, « Kite Without a String » suit précisément cette tension entre l’élan du départ et le besoin persistant d’un point d’attache.

« Hurricane Eyes » ouvre le disque dans l’urgence. Les guitares électriques et la sensation de mouvement propulsent l’auditeur au milieu d’un monde encore agité. Le regard évoqué par le titre porte lui-même la tempête : on y devine le tumulte collectif, la fatigue des années récentes et cette manière de continuer à avancer alors que tout semble pris dans un état de désorientation.

Le morceau-titre, « Kite Without a String », ralentit ensuite la course. La perte du fil n’est pas seulement une chute ; elle peut aussi devenir l’occasion d’apprendre à ne plus confondre l’ancrage avec l’immobilité. L’écriture de Roy Souaid privilégie les petits signes aux grandes déclarations, laissant les guitares acoustiques et les espaces de l’arrangement exprimer ce que le texte ne verrouille pas.

« Maksour » constitue le noyau le plus vulnérable de l’album. Chanté en arabe et ramené à une forme dépouillée, le titre — qui évoque ce qui est brisé — fait entendre la langue comme un refuge autant que comme une blessure. La simplicité instrumentale rapproche la voix, laissant la mémoire et la guérison cohabiter sans prétendre que l’une effacera l’autre.

« Vermontier (Dusk Edition) » ouvre alors le paysage. Les guitares douze cordes scintillantes installent une lumière de fin de journée, ce moment où les contours s’adoucissent sans disparaître. Le Vermont devient moins une destination précise qu’un territoire mental : un espace de recul, de nature et de recommencement. Le disque commence à quitter la seule nostalgie pour regarder vers ce qui pourrait encore être construit.

« Mizuri » avance du côté de la foi et de la persévérance. Les harmonies superposées donnent à la chanson une ampleur collective, comme si l’endurance ne pouvait plus dépendre d’une seule voix. John Lebanon ne présente pas la croyance comme une certitude spectaculaire, mais comme une force discrète, suffisamment solide pour maintenir debout lorsque les repères extérieurs deviennent instables.

La douceur de « Petit Pierre » repose sur une autre forme de résistance : choisir la simplicité. La terre, les gestes familiers et les rythmes ordinaires y reprennent une valeur que le monde accéléré finit souvent par rendre invisible. Ce petit Pierre peut être une personne, un souvenir ou une figure d’enracinement. Peu importe finalement : le morceau rappelle que la stabilité se cache parfois dans ce qui semble trop modeste pour être célébré.

« Self Made World » élargit nettement la palette. Les textures électroniques rejoignent le folk dans l’un des sommets émotionnels du projet, sans rompre avec sa chaleur organique. Le monde que l’on fabrique soi-même peut protéger de celui que l’on a perdu, mais il comporte aussi un risque : devenir une construction trop parfaitement fermée. John Lebanon utilise cette tension pour parler d’autonomie sans idéaliser la solitude.

Le morceau suggère qu’une identité ne se résume ni au pays quitté ni à celui qui accueille. Elle se compose de fragments : accents, paysages, liens, croyances et souvenirs que l’on réorganise jusqu’à créer un endroit suffisamment vrai pour y habiter.

« I Like to Play (17’ Vault) » referme enfin le disque en retirant presque tout. Voix et guitare ramènent l’album à l’acte originel, celui qui précède les arrangements, les concepts et même l’ambition de publier. Jouer, simplement. Cette archive possède la simplicité d’une pièce retrouvée au fond d’un tiroir et rappelle que chaque grande architecture sonore commence par une personne cherchant quelques accords.

Autour de Roy Souaid, Matt Deluccia, Karl Deek, Marc Chehwane, Khalid Razick et les autres musiciens donnent au projet sa profondeur de groupe. Les touches moyen-orientales, le trombone, les percussions et les textures indie rock ne servent jamais à afficher une diversité de surface. Ils incarnent le trajet même de John Lebanon : plusieurs villes, plusieurs traditions et une musique devenue lieu de rencontre.

« Kite Without a String » ne propose pas de définition simple du foyer. Il comprend qu’après avoir longtemps vécu entre deux mondes, revenir ne signifie plus retrouver intact ce que l’on avait quitté.

John Lebanon laisse donc son cerf-volant prendre de la hauteur, mais tresse progressivement un nouveau fil : quelques voix, des paysages, une langue retrouvée et les personnes capables de nous rappeler où se trouve le sol.

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Written By
Extravafrench

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