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Karoo bâtit un foyer commun sur « Casa »

Karoo bâtit un foyer commun sur « Casa »
  • Publishedjuin 25, 2026

« Casa » réunit les traditions mandingues, portugaises et suédoises dans cinq morceaux acoustiques où Karoo fait de la maison moins un lieu fixe qu’un espace de rencontre, de mémoire et d’écoute réciproque.

La maison n’a pas toujours une adresse.

Elle peut se cacher dans le timbre d’un instrument entendu depuis l’enfance, dans une langue que l’on retrouve après des années ou dans le regard de musiciens capables d’accueillir une histoire qui n’est pas la leur. Pour Karoo, « Casa » désigne précisément cet endroit mouvant. Le premier EP du quartet installé à Stockholm rassemble trois continents sans chercher à gommer les distances qui les séparent.

La kora d’Abdou Cissokho apporte la mémoire griot de Casamance. La guitare et la voix d’André Nobre transportent le fado portugais, la morna capverdienne et certains balancements brésiliens. Le violon de Solbritt Cederqvist relie l’ensemble aux traditions populaires suédoises, tandis que la basse, les calebasses et les musiciens invités donnent aux morceaux leur profondeur collective.

« Casa » ouvre le disque comme une déclaration d’intention. Le titre portugais place immédiatement la notion de foyer au centre, mais la musique refuse de l’enfermer dans une seule culture. Les cordes se répondent sans chercher à déterminer laquelle dirigera la conversation. La kora déroule ses motifs avec une fluidité lumineuse, le violon élargit le paysage et la guitare maintient une chaleur familière. Le morceau donne l’impression d’une porte laissée ouverte plutôt que d’un territoire protégé.

« Miro » développe un dialogue plus intime. Son mouvement tranquille permet d’entendre la personnalité de chaque instrument, comme si les musiciens apprenaient à se connaître tout en jouant. Karoo ne recherche jamais la fusion au sens d’un mélange où les origines deviendraient indiscernables. La beauté vient au contraire des différences conservées : une manière de phraser, une attaque particulière, une mélodie qui demeure liée à son histoire tout en acceptant de changer au contact des autres.

« Systrar », qui signifie « sœurs » en suédois, apporte au projet une dimension familiale et féminine plus affirmée. Les voix et le violon y installent une proximité tendre sans céder à l’image sentimentale facile. Le morceau peut évoquer les liens de sang, mais aussi les solidarités choisies, ces fraternités et sororités que la migration, la musique ou les rencontres permettent de construire loin du lieu d’origine.

Sa durée plus ample laisse l’arrangement respirer. Les motifs se transmettent d’un instrument à l’autre comme une histoire racontée plusieurs fois, chaque interprète ajoutant son regard. Cette circulation correspond pleinement à la tradition griot revendiquée par le groupe : la musique ne sépare pas le récit de la transmission, ni l’individu de la communauté qui l’écoute.

« Fonyo » semble ramener davantage de mouvement dans le corps. Les calebasses renforcent la pulsation, tandis que les cordes conservent leur douceur acoustique. Le morceau illustre la manière dont Karoo peut produire une réelle énergie sans hausser artificiellement le ton. Le rythme naît de l’interaction, de la respiration commune et de la précision avec laquelle chaque partie sait laisser de la place aux autres.

Cette retenue est l’une des grandes forces du quartet. Aucun musicien ne traite la tradition qu’il porte comme un argument spectaculaire. L’ensemble privilégie une forme d’hospitalité musicale : entrer, écouter, répondre, puis permettre à une nouvelle voix de modifier la trajectoire.

« Saudade » clôt logiquement l’EP sur un sentiment impossible à traduire complètement. Le mot portugais désigne le manque, la présence persistante de ce qui est absent et la douceur douloureuse du souvenir. Chez Karoo, cette saudade dépasse pourtant la seule culture lusophone. Elle devient le sentiment partagé de ceux qui vivent entre plusieurs lieux, plusieurs langues ou plusieurs appartenances.

La kora et le violon semblent particulièrement adaptés à cette émotion. Tous deux peuvent faire entendre la lumière et la mélancolie dans un même mouvement. La guitare prolonge cette intimité, tandis que les arrangements de piano, d’accordéon, de flûte ou de violoncelle enrichissent l’espace sans jamais rompre sa sobriété.

« Casa » parle ainsi de coexistence sans recourir aux slogans. Karoo en propose une expérience concrète : quatre musiciens, plusieurs héritages et une écoute suffisamment attentive pour que personne ne doive renoncer à son identité afin d’appartenir au même ensemble.

Le groupe ne prétend pas résoudre en cinq titres les écarts entre l’Afrique de l’Ouest, le Portugal et la Scandinavie. Il montre quelque chose de plus précieux : la possibilité de rester enraciné tout en laissant ses branches rencontrer celles des autres.

Chez Karoo, la maison ne se trouve ni au Sénégal, ni au Portugal, ni en Suède. « Casa » commence exactement au moment où leurs histoires acceptent de s’asseoir à la même table.

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Extravafrench

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