« Part of the Problem » voit Rumour Den transformer l’effondrement d’une relation en examen de conscience, porté par un rock alternatif tendu, une écriture sans échappatoire et la voix mélancolique d’AJ Gilmore.
La phrase tombe tard, après les explications, les bonnes intentions et les arguments soigneusement préparés : il ne faisait pas partie de la solution.
Il faisait partie du problème.
Rumour Den construit « Part of the Problem » autour de cette prise de conscience brutale. Le protagoniste pensait aider une personne elle-même abîmée, peut-être la soutenir, peut-être lui offrir un espace dans lequel se réparer. La relation révèle pourtant une tout autre réalité. Elle ne guérissait rien. Au mieux, elle maintenait chacun dans un équilibre précaire ; au pire, elle retardait le moment où une véritable reconstruction pourrait commencer.
Cette nuance donne au morceau une densité rare. Le groupe nord-irlandais ne distribue pas les rôles confortables du sauveur et de la victime. Il s’intéresse à la zone beaucoup plus trouble où deux personnes peuvent s’aimer sincèrement tout en aggravant mutuellement leurs blessures. La bonne volonté n’y garantit ni la justesse ni le bien.
Le texte refuse également d’offrir au narrateur une sortie héroïque. Celui-ci argumente, cherche probablement à défendre ses gestes et la manière dont il avait compris la relation. Mais l’amour n’est pas un procès que l’on gagne en présentant la meilleure démonstration. Le sentiment de l’autre existe indépendamment de la solidité de notre plaidoyer. Ce qu’elle ressent reste ce qu’elle ressent.
Cette impuissance nourrit la structure musicale. Le morceau démarre dans l’urgence, avec une vraie propulsion rythmique, comme si le protagoniste tentait encore de courir devant la conclusion. Puis l’équilibre évolue lorsque la compréhension s’impose. Steve Simms ne se contente pas de poser une composition derrière les mots d’AJ Gilmore : il organise la musique autour de leur progression psychologique.
Cette méthode appartient au cœur même de Rumour Den. Depuis leurs débuts communs au début des années 1990, Gilmore apporte les textes et Simms leur construit l’environnement nécessaire. La musique n’exige pas que les paroles entrent dans un cadre déjà terminé. Elle se plie à leur humeur, à leur respiration et à ce que l’histoire réclame.
Sur « Part of the Problem », cette approche évite les automatismes du rock émotionnel. Aucun refrain artificiellement gigantesque ne vient simplifier la situation. Aucun solo démonstratif ne détourne l’attention du récit. Le morceau possède du relief, du rythme et une réelle accessibilité, mais chaque choix reste au service de l’aveu central.
La voix de Gilmore, riche et marquée d’une mélancolie naturelle, donne au narrateur toute son ambiguïté. On peut entendre sa résistance, sa peine et le moment où sa propre version des faits commence à se fissurer. Il n’est pas présenté comme un monstre, seulement comme quelqu’un qui découvre que ses intentions n’ont pas produit l’effet qu’il imaginait.
Cette humanité empêche la chanson de devenir une condamnation facile. Rumour Den observe moins une faute qu’un mécanisme relationnel. Certaines histoires survivent longtemps parce qu’elles donnent aux deux personnes l’impression de ne pas être seules face à leurs blessures. Mais rester ensemble peut parfois devenir une manière de reporter le travail que chacun devrait accomplir séparément.
« Part of the Problem » succède à « Sea of Trees », morceau plus sombre et abstrait inspiré par une forêt japonaise à la réputation funeste. Cette fois, la menace ne vient pas d’un paysage hanté. Elle se loge dans une relation apparemment familière, ce qui la rend peut-être plus dérangeante encore.
Le titre annonce également le retour durable de Rumour Den. Après un album enregistré en 2001 mais jamais véritablement défendu, AJ Gilmore et Steve Simms ont longtemps vécu leur rapport à la musique comme une addiction dont ils pensaient pouvoir se libérer. La réécriture d’anciens morceaux a pourtant réveillé le processus, bientôt suivie par l’arrivée de nouvelles compositions.
Le projet à venir porte logiquement le nom de « Relapse ». Non comme une faiblesse, mais comme l’acceptation que certaines vocations continuent de revenir jusqu’à ce qu’on leur accorde enfin la forme qu’elles méritent.
« Part of the Problem » démontre cette maturité retrouvée. Rumour Den ne cherche ni la grandiloquence ni la performance. Le groupe raconte une histoire difficile avec la musique exacte qu’elle exige.
Reconnaître que l’on a blessé quelqu’un en croyant l’aider ne répare pas la relation. Mais c’est peut-être le premier geste honnête accompli depuis longtemps.
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