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Gooseberry découvre que la trentaine fait plus mal que prévu dans « Go Fish »

Gooseberry découvre que la trentaine fait plus mal que prévu dans « Go Fish »
  • Publishedjuin 26, 2026

Trente ans arrivent rarement avec une fanfare. Plus souvent, le corps ralentit avant l’ego, les nuits coûtent plus cher et les souvenirs commencent à repeindre le passé en âge d’or. « Go Fish » attrape ce basculement au vol, entre grunge lourd, nostalgie douteuse et humour un peu amer.

Le morceau ne parle pas vraiment de devenir vieux. Il parle du moment où l’on comprend que le temps a pris de l’avance.

Quelques années se sont glissées derrière soi sans prévenir. L’énergie n’a pas disparu, mais elle ne répond plus exactement de la même façon. La volonté pousse encore ; les muscles, le sommeil et les lendemains négocient désormais les conditions.

Gooseberry transforme ce décalage en matière rock. Les guitares épaisses portent l’ombre de Nirvana, la pesanteur de Black Sabbath et le groove sec de Queens of the Stone Age. Rien ne cherche la délicatesse. Le trio préfère les riffs qui frottent, les rythmes qui cognent et cette sensation que la chanson avance avec les poings serrés.

Le plus intéressant reste pourtant ailleurs : « Go Fish » refuse le cliché du trentenaire soudainement devenu sage. Asa Daniels, Evin Rossington et Will Hammond ne mettent pas en scène une maturité triomphante. Ils observent plutôt un feu intérieur qui existe toujours, mais dont la combustion a changé.

Cette image résume le morceau avec une grande justesse. La passion n’est pas moins vive ; elle devient plus consciente de ses limites. Elle connaît le prix des excès, la durée des récupérations et l’impossibilité de revenir exactement à la version précédente de soi.

C’est là que la nostalgie entre dans le décor.

Le passé finit toujours par tricher un peu. Il efface les mauvaises décisions, raccourcit les périodes de doute et transforme les années les plus confuses en époque merveilleusement libre. Plus la jeunesse s’éloigne, plus la mémoire la nettoie. Les soucis de l’époque disparaissent ; seuls restent les corps plus légers, les lendemains moins lourds et l’impression que tout pouvait encore commencer.

« Go Fish » se méfie de cette reconstruction sans prétendre y échapper. Penser au temps qui passe conduit presque mécaniquement vers ces versions idéalisées de soi. Gooseberry sait que le souvenir ment, mais le regarde quand même avec envie.

Le titre lui-même apporte une note d’ironie. « Go Fish » renvoie au jeu, à la pioche, à l’obligation de continuer avec les cartes disponibles. On peut demander ce que l’on veut ; si personne ne l’a, il faut tenter sa chance ailleurs. Une métaphore parfaitement adaptée au passage à l’âge adulte : les bonnes réponses ne sont pas toujours dans la main de quelqu’un d’autre.

Le trio de Brooklyn conserve cependant une énergie qui empêche toute complaisance mélancolique. La chanson ne s’assoit pas pour contempler les années perdues. Elle les branche sur un ampli.

Cette approche correspond bien à l’identité de Gooseberry, formé autour d’un rock situé entre la précision du groupe de scène et l’instinct du DIY. La basse de Will Hammond et la batterie d’Evin Rossington donnent au morceau une assise massive, tandis que la guitare et la voix d’Asa Daniels portent ce mélange d’agacement, de lucidité et d’élan encore intact.

Deuxième extrait de leur prochain album, « Go Fish » annonce un groupe peu intéressé par la nostalgie comme simple costume. Les références aux années 1990 servent moins à reproduire une époque qu’à retrouver sa capacité à rendre l’inconfort physique.

Les distorsions ne décorent pas le malaise : elles le matérialisent.

Gooseberry touche ainsi une vérité rarement formulée sans pathos. Grandir ne signifie pas éteindre le feu. Cela signifie découvrir qu’il faut désormais choisir ce que l’on décide d’y jeter.

« Go Fish » regarde la trentaine arriver, hausse les épaules et monte le volume. Le corps protestera demain.

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Written By
Extravafrench

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