« Cardinal » ne demande pas la permission d’entrer. Matty Ram lance une nouvelle phase de son projet avec un morceau nerveux, abrasif et chargé d’attitude, quelque part entre alt-rock nouvelle génération, grunge ravivé et vertige shoegaze.
Certains changements artistiques commencent par une transition prudente. Celui-ci ressemble davantage à un coup de pied dans la porte.
Dès son intention, « Cardinal » annonce une rupture avec la retenue. Les guitares prennent une texture plus méchante, la batterie accélère le pouls et l’ensemble avance avec cette urgence qui donne l’impression que le morceau pourrait à tout moment sortir de ses propres rails. Matty Ram ne cherche pas à présenter calmement sa nouvelle direction : il la fait immédiatement entendre.
La production s’inscrit dans le retour actuel d’un rock alternatif nourri par le grunge, le shoegaze et l’indie rock le plus frontal. Plutôt que de reproduire à l’identique les sonorités des années 1990, « Cardinal » en récupère la tension, la masse et le goût des guitares qui ne restent jamais simplement décoratives.
Elles occupent ici le premier plan. Leur rugosité donne au morceau une présence presque physique, tandis que la batterie frénétique empêche cette densité de devenir immobile. Chaque impact semble pousser la chanson un peu plus loin, comme si Matty Ram refusait de laisser retomber l’élan une fois la première brèche ouverte.
Le shoegaze apparaît moins sous la forme d’une contemplation vaporeuse que dans le travail des couches sonores. Les guitares créent un mur, mais ce mur reste traversé par une énergie très directe. « Cardinal » ne se perd pas dans le brouillard : il l’utilise pour donner davantage de volume à sa colère.
Cette association permet au morceau de rejoindre une nouvelle vague de formations qui réactivent le rock underground sans en faire une reconstitution nostalgique. Les rapprochements avec Bleech 9:3 ou Keo situent clairement Matty Ram dans cette scène émergente où le grunge, l’alt-rock et les textures shoegaze retrouvent une brutalité contemporaine.
L’attitude joue alors un rôle aussi important que la technique. « Cardinal » ne repose pas seulement sur des guitares lourdes ou une batterie rapide. Le morceau dégage une façon d’occuper l’espace, une assurance qui refuse la neutralité. Tout semble conçu pour provoquer une réaction immédiate : adhésion, tension ou besoin soudain de monter le volume.
Son titre ajoute une dimension intéressante à cette nouvelle direction. « Cardinal » peut évoquer ce qui est essentiel, central, impossible à contourner. Il peut aussi suggérer une couleur vive, presque agressive, ou un point de repère permettant de retrouver sa trajectoire. Dans tous les cas, le mot convient à une chanson qui cherche à poser les bases d’une identité plus nette.
Matty Ram ne se contente donc pas de livrer un morceau énergique. Il marque un changement de posture. Le son devient plus massif, l’écriture musicale plus offensive et l’univers semble désormais prêt à assumer ses angles les plus rugueux.
La durée permet à cette tension de s’installer au-delà d’un simple choc initial. « Cardinal » ne brûle pas toute son énergie dans les premières secondes. Il entretient son agitation, laisse les textures gagner du terrain et transforme progressivement l’écoute en confrontation.
Ce nouveau chapitre trouve ainsi son intérêt dans l’équilibre entre héritage et instinct. Matty Ram connaît les codes du grunge et du rock alternatif, mais les utilise surtout pour construire quelque chose d’immédiat, adapté à une génération qui découvre ces sonorités à travers de nouveaux groupes et de nouveaux circuits underground.
« Cardinal » ne ressemble pas à une tentative pour retrouver l’âge d’or du rock.
Matty Ram préfère manifestement en provoquer le prochain accident.
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