Sur « HollyHood », Imna superpose les lumières fantasmées du cinéma à la rudesse du quotidien carolo : cinq titres pour raconter l’ambition, les cicatrices et cette volonté d’avancer sans maquiller le décor.
Hollywood promet les projecteurs. Le hood rappelle toujours le prix de l’électricité.
Imna contracte les deux dans « HollyHood », un titre qui contient déjà tout le programme de l’EP : le désir de grandeur et les murs qui le contredisent, l’envie d’apparaître et la nécessité de survivre hors champ. Le rappeur de Charleroi ne choisit pas entre fantasme et réalité. Il les laisse se heurter pendant cinq morceaux, comme deux versions d’une même vie qui refusent de se séparer.
« Heat » ouvre le projet avec un mot qui peut désigner aussi bien la chaleur que la pression. Il fallait une entrée capable de poser immédiatement la température. Imna y présente un univers où l’énergie ne relève pas seulement de la performance : elle provient de ce qui brûle intérieurement, des ambitions, des tensions et du besoin de ne pas rester au même endroit. Cette première piste donne au disque son impulsion, celle d’un artiste qui avance avec le sentiment que le temps joue déjà contre lui.
« BDLB (bloqué dans l’béton) » resserre ensuite le cadre. Le béton n’est plus un simple décor urbain, mais une matière qui immobilise. Il enferme les trajectoires, absorbe les rêves et transforme parfois le quartier en horizon indépassable. Le morceau porte l’une des formules les plus fortes du projet : être bloqué ne signifie pas avoir cessé de bouger, mais devoir dépenser deux fois plus d’énergie pour parcourir la même distance.
Sur « Bella è Bestia », Imna fait entrer la dualité dans le titre lui-même. La beauté et la bête ne s’opposent plus ; elles cohabitent. Cette coexistence résume bien « HollyHood », partagé entre séduction et dureté, réussite visible et blessures moins présentables. Le morceau suggère qu’un même individu peut porter l’élégance et la violence de son environnement, la douceur et l’instinct de défense, sans que l’une de ces facettes annule l’autre.
« Azkaban », pièce la plus longue du disque, convoque une prison imaginaire devenue symbole d’enfermement mental. Le titre permet à Imna d’élargir son propos : les barreaux ne sont pas toujours visibles, et certaines cellules se construisent avec les souvenirs, les mauvaises habitudes, le regard des autres ou la peur de ne jamais sortir de la place qui nous a été assignée. Avec plus de quatre minutes, le morceau occupe naturellement le centre de gravité de l’EP. Il laisse davantage d’espace au récit, au poids des expériences et à cette sensation d’avancer avec une partie du passé encore accrochée aux chevilles.
« Clap de fin » ferme enfin le projet avec une formule empruntée au cinéma. Mais chez Imna, la fin ne ressemble pas forcément à une résolution. Elle peut désigner la fermeture d’un chapitre, le moment où l’on cesse de rejouer la même scène ou celui où la caméra s’éteint avant que la vie ait réellement réglé ses conflits. Placé après « Azkaban », le titre prend une valeur presque libératrice : finir quelque chose devient déjà une manière de récupérer le contrôle du récit.
Musicalement, « HollyHood » s’appuie sur un vocabulaire hybride où drill, boom bap, trap et cloud rap peuvent se croiser sans réduire Imna à une seule école. Cette variété correspond aux différentes tensions du projet. Certains morceaux appellent la frontalité, d’autres davantage de recul ou de mélancolie. Le fil conducteur ne vient donc pas d’une production uniforme, mais d’une même exigence : raconter le vécu sans le rendre plus spectaculaire qu’il ne l’est.
Imna signe un EP compact, direct, capable de faire tenir plusieurs contradictions dans moins de seize minutes. « HollyHood » ne transforme pas Charleroi en décor de cinéma. Il montre plutôt ce qui arrive lorsqu’un artiste prend enfin la caméra pour filmer sa propre rue.
Les projecteurs sont peut-être encore loin. Imna, lui, a déjà choisi son cadre.
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