« Lil’ Mike fait de “The Halloween Part2” un terrain de jeu bilingue où le rap, la danse et l’imaginaire horrifique se poursuivent jusqu’au bout de la nuit. »
La nuit du tournage, personne ne possède vraiment le scénario complet. Les acteurs avancent par fragments, découvrent les intentions de Lil’ Mike au fil des prises et comprennent peu à peu le monde dans lequel ils viennent d’entrer. La méthode pourrait sembler risquée. Elle devient ici une manière de préserver le trouble : garder les interprètes légèrement dans le noir pour que l’étrangeté ne ressemble jamais à un simple exercice de style.
« The Halloween Part2 » ne fonctionne d’ailleurs pas comme un single isolé. Le titre appartient à un univers plus large, commencé en 2024 avec « The Halloween Party », projet conçu aux côtés de Neerto. Un an plus tard, Lil’ Mike reprend cette première matière, mais refuse de la reproduire à l’identique. Il en conserve l’ADN, imagine une autre histoire et transforme le morceau initial en laboratoire collectif.
Evička joue un rôle essentiel dans cette résurrection. À l’origine de l’idée d’un deuxième chapitre, elle participe au titre tout en coordonnant les plannings et le budget du projet. Onii rejoint ensuite l’aventure, prend en charge l’identité visuelle et réalise lui-même l’artwork. Lil’ Mike, de son côté, signe l’écriture et dirige les chorégraphies dansées. La répartition des rôles donne au projet des allures de petite troupe indépendante où chacun intervient bien au-delà de sa seule présence musicale.
Cette dynamique se retrouve dans le morceau. Evička et Onii alternent entre l’anglais et le français, apportant deux énergies distinctes à une production influencée par Yeat. Les voix ne se contentent pas de se succéder : elles modifient la température de la chanson. L’une peut attirer vers une tension plus nocturne, l’autre introduire une attaque plus immédiate, comme si plusieurs personnages se disputaient la narration d’une même scène.
Le titre conserve une énergie volontairement brute, liée en partie aux conditions de son enregistrement. La session s’est déroulée tard dans la nuit au Big Lab Studio, sous la direction de l’ingénieur TNY. Evička venait tout juste de revenir d’un voyage en mer ayant duré une année. À peine le temps de retrouver la terre ferme qu’elle rejoignait déjà le studio. Cette transition presque absurde — du large à une cabine d’enregistrement — injecte au morceau une spontanéité difficile à fabriquer artificiellement.
Mais « The Halloween Part2 » prend toute son ampleur lorsqu’il rencontre l’image. Lil’ Mike et son équipe assument un imaginaire situé quelque part entre « Resident Evil » et Michael Jackson. Du premier, le court métrage reprend le goût des personnages pris au piège, du danger physique et d’un monde qui menace constamment de basculer. Du second, il retient l’importance du mouvement, de la silhouette et de la chorégraphie comme prolongement direct de la musique.
Les scènes de combat, chorégraphiées par Louis Beschin — qui interprète également Leon S. Kennedy dans le film — renforcent cette ambition. Le clip ne se contente plus d’accompagner la chanson : il invente ses propres enjeux, ses confrontations et ses codes. Le budget plus conséquent, la photographie plus travaillée et l’augmentation du nombre de séquences d’action permettent à Lil’ Mike de passer du simple hommage horrifique à une véritable proposition de mise en scène.
Ce deuxième volet reste pourtant attachant parce qu’il conserve une dimension artisanale. Derrière les références vidéoludiques, les combats et la volonté de produire davantage de spectacle, on sent une équipe qui apprend en fabriquant. Les contraintes deviennent des choix esthétiques, les rôles se mélangent, et l’absence d’une structure industrielle laisse encore la place à l’accident.
Lil’ Mike appartient ainsi à cette génération d’artistes qui ne considère plus la musique, la vidéo, la danse et la performance comme des disciplines séparées. Une chanson peut devenir un épisode, un personnage peut prolonger un couplet, et une chorégraphie raconter ce que les paroles préfèrent laisser dans l’ombre. L’œuvre n’est pas uniquement sonore : elle existe dans la circulation entre tous ces éléments.
« The Halloween Part2 » ne cherche donc pas à refermer l’histoire. Il élargit plutôt la mythologie et prépare déjà le terrain pour « The Halloween Part3 », annoncé pour octobre 2026 avec de nouvelles chansons, de nouveaux personnages et des performances encore plus ambitieuses.
Chez Lil’ Mike, Halloween ne revient pas une fois par an. C’est une série en cours, une nuit qui refuse de finir et un monde parallèle dont chaque morceau déverrouille une nouvelle pièce.
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