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Music Rock

Motihari Brigade dynamite le confort numérique sur « Problematic »

Motihari Brigade dynamite le confort numérique sur « Problematic »
  • Publishedjuillet 13, 2026

« Motihari Brigade fait de « Problematic » un manifeste rock contre les écrans qui pensent, les guerres qui se répètent et les consciences qui s’endorment. »

Difficile de reprocher à Motihari Brigade de manquer de suite dans les idées. Le groupe publie « Problematic » le jour de l’anniversaire de George Orwell, emprunte son nom à la ville indienne où l’écrivain est né et présente son troisième album comme un acte de « Rock-n-Roll Thoughtcrime ». Le programme est clair : remettre un peu de désobéissance intellectuelle dans une époque où les algorithmes choisissent ce que l’on regarde, ce que l’on désire et, bientôt peut-être, la manière dont on formule notre propre colère.

Aux commandes, Eric Winston signe un disque massif, sarcastique et volontairement inconfortable, traversé par la propagande, la censure, l’intelligence artificielle, le militarisme et la dépendance au divertissement immédiat. Motihari Brigade ne cherche pas à sauver le rock par la nostalgie. Il lui rend plutôt l’une de ses fonctions premières : mettre du bruit là où le pouvoir préfère le silence.

« Cowboy Armageddon » ouvre l’album en vingt-six secondes à peine. Une amorce de film catastrophe, presque un générique de série dystopique, qui plante le décor avant que « Problematic » ne prenne possession du terrain. Le morceau-titre expose le groove lourd du groupe et son credo central : continuer à poser des questions, même lorsque tout pousse à l’obéissance. Les guitares vibrent comme si elles voulaient décoller les affiches de propagande directement des murs.

« Chatbot Don’t Like It » attaque ensuite notre nouvelle cohabitation avec les machines. Le morceau mêle sons humains et textures mécaniques dans une satire où l’intelligence artificielle n’est pas tant présentée comme un monstre que comme un maître déjà invité dans le salon. La version radio, volontairement censurée, prolonge la plaisanterie : même la rébellion doit désormais passer le contrôle qualité.

Avec « Save Ourselves », Motihari Brigade pose une question plus grave : comment s’extraire d’une société devenue sa propre secte ? Le titre garde une tension rock très directe, mais laisse filtrer une inquiétude plus existentielle. « Not What They Seem » poursuit cette logique de doute méthodique. Rien n’est exactement ce qu’il prétend être, et le morceau avance comme une enquête socratique menée dans une ruelle mal éclairée.

« The Great Refusal » constitue l’un des sommets les plus nerveux du disque. Le riff coupe net, la basse bondit avec une agilité presque insolente, tandis que la batterie installe un battement physique, proche d’un cœur lancé trop vite. Le refus évoqué n’a rien d’élégant. Il arrive tard, brutalement, après des années de soumission molle. Et lorsque la chanson annonce que le karma finira par présenter l’addition, on sent que Motihari Brigade compte bien rester au premier rang.

Le diptyque formé par « Heedless of the Storm » et « Ten Years Time » donne ensuite à l’album une ampleur de mini-opéra rock. Les deux titres doivent être entendus comme une seule pièce, une longue marche consacrée à l’engrenage militaire et à ses séquelles. « Heedless of the Storm » décrit l’aveuglement qui précède la catastrophe, cette manière qu’ont les sociétés de continuer droit devant alors que tous les signaux virent au rouge. « Ten Years Time » regarde l’après : les traumatismes, les absences, la propagande déjà remplacée par une autre.

Entre les deux, les « Guitar Bombs » créées avec une Fender Stratocaster désaccordée font gronder le champ de bataille. Le geste pourrait sembler démonstratif, mais il fonctionne précisément parce qu’il refuse toute joliesse. Ici, la guitare ne célèbre pas la virtuosité : elle imite l’explosion.

La reprise de « Fortunate Son » de Creedence Clearwater Revival arrive ensuite comme une évidence presque rageuse. Motihari Brigade ne cherche pas à moderniser artificiellement le classique. Le groupe rappelle simplement que les vieilles chansons contre la guerre restent tragiquement actuelles. Certaines époques changent de costumes sans jamais changer de scénario.

« Pleasure Craft » déplace alors le contrôle vers un terrain plus séduisant. Plus besoin de menace lorsque le plaisir suffit. Le morceau danse autour de cette idée glaçante : nos prisons les plus efficaces sont peut-être celles que nous transportons volontairement dans nos poches. Le confort, le clic, la distraction permanente deviennent ici des instruments de domestication bien plus subtils que la force brute.

« Problematic – Reprise » ramène le motif principal avec une formule qui résume parfaitement l’album : « I’ve been told, but I don’t know. » On répète ce que l’on nous a dit sans jamais vérifier ce que l’on sait réellement. La reprise agit comme un miroir déformant du morceau initial, moins triomphante, plus contaminée par le doute.

Enfin, « Someone’s Dream » referme l’ensemble dans un paysage spatial hanté. Après les écrans, les guerres et les slogans, il ne reste qu’une question plus intime : que restera-t-il de nous dans la mémoire des autres ? Les sons de satellite et l’atmosphère de planétarium donnent au morceau une solitude cosmique, presque tendre. Pour la première fois, Motihari Brigade semble baisser la garde.

« Problematic » n’est pas un album discret, ni un disque qui cherche à ménager toutes les sensibilités. Sa satire est appuyée, son humour parfois volontairement absurde, son message jamais caché. Mais cette absence de prudence fait aussi sa force. À une époque où la provocation elle-même peut être ciblée, optimisée et monétisée, Motihari Brigade préfère encore le bon vieux désordre humain.

Le disque ne promet pas de nous sauver. Il nous demande simplement de vérifier que nous sommes encore capables de penser sans assistance.

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Written By
Extravafrench

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