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Cam Cole met le feu au saloon sur « Get Up Ya Honky Tonk »

Cam Cole met le feu au saloon sur « Get Up Ya Honky Tonk »
  • Publishedjuillet 31, 2026

« Cam Cole lâche “Get Up Ya Honky Tonk” comme une botte couverte de poussière dans les portes battantes du rock : ça grince, ça frappe du pied et ça refuse de rentrer proprement dans une seule époque. »

Quelque chose roule au loin. Pas encore un orage, plutôt le bruit d’une machine lancée trop vite sur une route de campagne. Puis la guitare apparaît, lourde, sale, presque liquide, et « Get Up Ya Honky Tonk » trouve aussitôt son décor : un saloon imaginaire où le blues du delta aurait partagé plusieurs verres avec le hard rock, le psychédélisme des années 1970 et une troupe de forains passablement incontrôlable.

Cam Cole connaît depuis longtemps l’art de remplir l’espace avec presque rien. Une guitare, ses Farmer Footdrums, une voix capable de secouer les murs : cette économie d’apparence lui a permis de bâtir un véritable mur du son sur les trottoirs de Camden, bien avant les tournées internationales, les millions d’écoutes, le documentaire Amazon Prime ou son apparition dans « Ted Lasso ». Là où beaucoup construisent leur puissance par l’accumulation, lui part d’un corps engagé tout entier dans la performance.

« Get Up Ya Honky Tonk » conserve cette brutalité artisanale, mais laisse déjà entrevoir une ambition plus large. Premier extrait de « Lost In Creation », son prochain album annoncé pour le 30 octobre 2026, le single marque une évolution sans effacer l’instinct originel. Le pied continue de battre la mesure comme s’il fallait réveiller le plancher. Les riffs gardent leur masse. Pourtant, autour de ce noyau, le son se met à tournoyer, à prendre des couleurs plus hallucinées, presque cinématographiques.

Le titre possède une formulation volontairement bancale, à mi-chemin entre l’ordre, le cri de ralliement et la plaisanterie lancée trop fort. Il ne désigne pas seulement un lieu associé à la country et aux nuits arrosées. Le honky-tonk devient ici une attitude : se lever, secouer la poussière, faire davantage de bruit que prévu et transformer le désordre en cérémonie.

Cam Cole n’aborde jamais le blues comme un objet patrimonial. Il en retient la tension, la répétition physique et la capacité à faire parler un riff jusqu’à ce qu’il devienne presque un personnage. À cette ossature viennent se greffer le grunge, le stoner rock, le metal et un sens du spectacle devenu plus théâtral au fil des années. Son concert a désormais les allures d’un cirque rock’n’roll, peuplé d’accessoires, d’acolytes issus de son New Age Collective et d’idées capables de déborder largement le cadre du traditionnel one-man-band.

Cette expansion se perçoit dans « Get Up Ya Honky Tonk ». Le morceau ne semble plus seulement vouloir restituer l’impact d’un musicien seul face à la rue. Il pense déjà en volumes plus vastes, avec des textures qui se superposent, des espaces qui s’ouvrent et des effets de vertige qui annoncent le caractère plus psychédélique de l’album à venir.

La voix de Cam Cole reste néanmoins le centre de gravité. Grave, rugueuse, traversée d’une énergie qui tient autant du prédicateur que du vagabond, elle ne cherche pas la perfection classique. Elle porte le vécu, les kilomètres, les scènes improvisées et cette nécessité de projeter une phrase assez loin pour qu’elle survive au tumulte des instruments.

Le single avance avec une humeur joyeusement menaçante. On y perçoit le goût du blues marécageux, des guitares saturées et de cette lourdeur qui ne ralentit jamais complètement le mouvement. Cam Cole sait rendre un riff massif sans l’enfermer. Chez lui, la pesanteur pousse vers l’avant ; elle n’écrase pas, elle propulse.

« Lost In Creation » est présenté comme un album consacré à l’abandon au processus créatif. Non plus maîtriser chaque direction, mais accepter de se perdre dans les sons, les rencontres et les paysages accumulés au fil des tournées. « Get Up Ya Honky Tonk » en offre une première illustration très convaincante. La chanson semble connaître son point de départ, puis se laisser contaminer par tout ce qui passe à proximité : poussière du désert, vieux amplis, mélodies folk, hallucinations psychédéliques, pulsation dansante et énergie de festival.

Ce goût de l’élargissement distingue cette nouvelle période du simple retour aux racines. Cam Cole ne cherche pas à retrouver une pureté supposée du rock. Il préfère tout mélanger jusqu’à ce qu’une nouvelle matière apparaisse. La tradition reste présente, mais elle est malmenée, épaissie et poussée dans des décors qui n’existaient pas au moment où ses codes furent inventés.

Le parcours de l’artiste donne d’ailleurs un poids particulier à cette liberté. Après avoir fait ses preuves seul, dans la rue puis sur des scènes de plus en plus grandes, il peut désormais abandonner certaines défenses. « Lost In Creation » semble moins parler d’un homme contre le monde que d’un musicien enfin disposé à laisser le monde entrer dans son son.

« Get Up Ya Honky Tonk » n’a pourtant rien d’un morceau d’apaisement. Il débarque avec les semelles pleines de boue, déplace les tables et oblige tout le monde à se lever. Cam Cole ne demande pas si le saloon possède une scène. Il branche l’ampli là où il reste de la place.

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Written By
Extravafrench

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