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Zachary Mason entrouvre « Welcome To My Heart » et laisse entrer l’automne

Zachary Mason entrouvre « Welcome To My Heart » et laisse entrer l’automne
  • Publishedjuillet 31, 2026

« Sur “Welcome To My Heart”, Zachary Mason revient au folk par la porte la plus fragile : celle des saisons que l’on ne ressent plus, des libertés que l’on réclame et du dialogue parfois brutal avec soi-même. »

L’automne n’est pas qu’une saison. Pour certains, c’est une chambre d’écho. Une odeur de feuilles humides, une lumière qui baisse trop tôt, le retour d’anciens visages dans la mémoire. Zachary Mason appartient visiblement à ceux qui vivent octobre comme une émotion entière. Alors, lorsqu’il raconte avoir traversé une période où le Zoloft émoussait cette intensité familière, la mélancolie de « Can’t Feel My Autumn… » dépasse largement le simple regret climatique. Ce qu’il pleure, c’est la perte temporaire d’un accès à lui-même.

« Welcome To My Heart » marque le retour de l’artiste britannique à ses racines folk, après deux années d’exploration plus franchement rock. Trois titres seulement, mais près d’un quart d’heure de matière intime, de phrases laissées à découvert et de guitares qui ne cherchent plus à cacher les silences. Le titre de l’EP pourrait sonner comme une invitation chaleureuse. Chez Zachary Mason, il ressemble plutôt à l’ouverture prudente d’une porte que l’on a longtemps gardée fermée.

La première pièce s’appelle donc « Can’t Feel My Autumn… ». Ses cinq minutes vingt-sept prennent le temps de laisser le manque s’installer. Le morceau ne cherche pas l’efficacité immédiate ; il cultive une lenteur presque physique, celle d’une personne qui vérifie chaque sensation et découvre qu’elle ne répond plus comme avant. La saison demeure visible, mais sa charge émotionnelle semble placée derrière une vitre.

Cette idée donne au titre une force singulière. Beaucoup de chansons parlent de douleur ; peu s’intéressent à l’impossibilité même de la ressentir pleinement. Zachary Mason ne dramatise pas la situation. Il observe ce décalage avec une tendresse inquiète, comme si l’absence de tristesse pouvait devenir plus troublante que la tristesse elle-même.

La guitare acoustique porte cette sensation de proximité. Elle ne cherche pas à embellir le souvenir ni à le rendre plus pittoresque. Elle maintient une ligne sobre, parfois presque nue, laissant la voix occuper l’espace avec ses hésitations, ses inflexions et cette façon légèrement ancienne de traiter la confession. On pense moins à la folk comme genre qu’à la folk comme refuge : quelques accords, une pièce calme, et suffisamment de temps pour laisser revenir ce qui avait été mis en sourdine.

« I Need Freedom » déplace ensuite le centre de gravité. Après l’engourdissement vient la revendication. Le titre paraît simple, presque frontal, mais ses cinq minutes vingt-six évitent le slogan. La liberté dont parle Mason ne ressemble pas à une grande fuite romantique vers l’horizon. Elle possède quelque chose de plus concret, plus laborieux : le besoin de retrouver une marge de mouvement à l’intérieur de sa propre vie.

La basse, jouée par David E Beats, apporte au morceau une assise plus charnelle. Le producteur et ingénieur de mastering américain, installé à Toulouse, accompagne ici Zachary Mason dans une nouvelle phase sonore, plus organique, moins préoccupée par la puissance brute que par la respiration d’ensemble. La batterie de Nate Barnes, membre de Rose Hill Drive, donne au titre une tension souple, suffisamment présente pour éviter que la chanson ne se replie entièrement sur son introspection.

« I Need Freedom » ne quitte pas le registre de la mélancolie, mais il y injecte une forme de mouvement. Quelque chose se redresse. La voix ne demande pas seulement à être consolée ; elle réclame de l’espace. Cette nuance distingue le morceau d’une simple ballade plaintive. Zachary Mason ne s’y présente jamais comme le spectateur passif de ce qui lui arrive. Il cherche une issue, même encore floue.

Puis vient « Me and I », que l’artiste désigne comme son titre préféré de l’EP. Le choix paraît logique. La chanson referme le projet sur un face-à-face intérieur, presque un duel entre deux versions d’une même personne. Le « moi » et le « je » cessent de sembler interchangeables. Ils deviennent deux voix, deux forces, peut-être même deux temporalités qui tentent de cohabiter.

Nate Barnes revient à la batterie, tandis que John Thomasson, bassiste de Little Big Town, offre au morceau une profondeur plus ample. Ces présences ne détournent jamais l’attention de l’écriture. Elles la soutiennent, lui donnent un relief supplémentaire, comme si l’introspection avait soudain besoin d’un groupe entier pour ne pas s’effondrer sur elle-même.

« Me and I » condense le cœur du projet : la difficulté d’être à la fois celui qui ressent, celui qui observe et celui qui tente de réparer. Zachary Mason possède une écriture où l’autobiographie n’est jamais entièrement refermée. Il ne livre pas un journal intime brut ; il laisse suffisamment de vide pour que l’auditeur puisse y reconnaître ses propres divisions, ses conversations mentales, ses compromis et ses résistances.

À 29 ans, installé à Guildford, Mason a déjà accumulé entre deux cents et deux cent cinquante maquettes depuis 2021, enregistrées grâce à un équipement offert par un proche et acheté chez Andertons Music, presque en face de chez lui. Ce détail résume assez bien son parcours : une œuvre abondante, fabriquée dans une proximité artisanale avec les outils, loin de l’image grandiose du studio inaccessible.

Son passage par le rock n’est pas effacé par « Welcome To My Heart ». Il demeure dans la densité des morceaux, dans leur durée, dans certaines montées qui refusent la fragilité pure. Mais l’EP choisit de revenir à l’os. Les guitares acoustiques, les arrangements mesurés et les thèmes personnels replacent Zachary Mason dans une lignée de songwriters pour qui la chanson reste avant tout un lieu de vérité.

Neil Young, Bob Dylan, David Bowie et les Beatles figurent parmi ses références. On en retrouve moins les signatures précises que le goût commun pour des chansons capables de survivre à leur époque parce qu’elles ne se contentent pas d’en suivre les réflexes.

« Welcome To My Heart » ne prétend pas résoudre ce qu’il expose. L’automne reste partiellement perdu, la liberté encore à conquérir, le dialogue intérieur toujours en cours. Mais Zachary Mason ne demande pas à l’auditeur d’admirer sa guérison. Il lui propose simplement d’entrer, de s’asseoir un instant et d’écouter le bruit que font les sentiments lorsqu’ils recommencent à circuler.

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Extravafrench

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