« “New Year, New Hell” enterre les bonnes résolutions avant même qu’elles aient le temps de devenir crédibles. »
Janvier promet toujours beaucoup trop.
Nouvelle année, nouvelle routine, nouveau corps, nouveau travail, nouvelle personnalité, nouvelle vie — et, tant qu’on y est, pourquoi pas une nouvelle âme. Loser Demon regarde tout ce petit théâtre avec l’enthousiasme d’un type qui aurait déjà vu le décor brûler.
« New Year, New Hell » porte son cynisme jusque dans son titre.
Pas de renaissance ici. Pas de page blanche. Le groupe de Riverside, en Californie, préfère imaginer que le calendrier a simplement changé de numéro pendant que les mêmes problèmes attendaient sagement derrière la porte.
Cette mauvaise humeur lui va très bien.
Le morceau garde la rudesse de l’indie rock et cette saleté garage qui empêche les guitares de devenir trop décoratives. Rien n’appelle le grand geste héroïque. Loser Demon privilégie plutôt une tension sèche, une façon de pousser le morceau sans chercher à lui donner un vernis plus noble qu’il ne le mérite.
Les guitares mordent.
La batterie maintient une allure suffisamment nerveuse pour que l’ironie ne retombe jamais.
Et l’ensemble possède surtout ce charme très particulier des chansons qui donnent l’impression d’avoir été écrites après avoir levé les yeux au ciel une fois de trop.
C’est précisément ce qui distingue « New Year, New Hell » d’un simple morceau pessimiste.
Loser Demon ne semble pas vouloir convaincre que tout va mal. Ce serait presque trop sérieux. Le titre préfère tirer son énergie de l’absurdité de nos propres cycles : recommencer, promettre, échouer, recommencer encore, puis prétendre que cette fois sera différente parce qu’on a acheté un agenda neuf.
Le rock alternatif offre un cadre idéal à cette désillusion.
La distorsion donne du poids sans devenir monumentale, les arrangements restent suffisamment directs pour conserver une impression de spontanéité, et le chant peut garder cette légère distance sarcastique qui empêche le morceau de sombrer dans la plainte.
Riverside paraît d’ailleurs être un bon endroit mental pour ce type de musique.
Pas la Californie glamour, pas celle des cartes postales impeccables. Plutôt une Californie intérieure, plus rugueuse, où le garage rock peut encore sentir la chaleur, la poussière et les amplis fatigués.
Loser Demon ne fournit pratiquement aucune mythologie autour de lui, et c’est presque une chance.
« New Year, New Hell » n’a pas besoin d’une biographie de trois pages pour fonctionner. Le groupe se résume pour l’instant à une provenance, un nom légèrement ridicule au meilleur sens du terme, et une capacité assez nette à rendre la frustration divertissante.
Le titre lui-même est déjà une excellente ligne éditoriale.
Loser Demon.
« New Year, New Hell ».
Difficile de faire plus efficace.
Le morceau comprend surtout quelque chose que beaucoup de rock indépendant oublie en cherchant trop fort à paraître profond : l’amertume peut être drôle. Le désenchantement peut avoir du rythme. Et le nihilisme devient beaucoup plus supportable dès qu’il y a une bonne guitare derrière.
Ce qui plaît alors, c’est moins la noirceur que le refus de l’embellir.
Loser Demon ne vend aucune guérison.
Aucune grande révélation.
Aucun nouveau départ.
Le calendrier vient de tourner.
L’enfer, lui, avait déjà renouvelé son abonnement.
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