« Bleu, gris, jaune : Garbage Garden ne raconte pas le séisme de 2011 comme un événement figé dans l’Histoire, mais comme une mémoire qui continue de changer de couleur. »
« Triptych+1+1 » n’est pas vraiment une chanson commémorative au sens classique. Garbage Garden évite la solennité attendue, les grands gestes et la consolation facile. Quinze ans après le séisme et le tsunami qui ont frappé l’est du Japon en 2011, Yulmi revient plutôt sur ce que signifie continuer à vivre avec un événement que l’on voudrait parfois oublier sans jamais s’autoriser à le faire complètement.
À l’époque, elle venait tout juste de commencer sa vie à Tokyo. Aujourd’hui installée à Kobe — ville elle-même profondément marquée par l’histoire des catastrophes et de la reconstruction — elle compose depuis cette position particulière : celle d’une personne qui se décrit comme extérieure au pays tout en appartenant pleinement à la société japonaise.
La mémoire de « Triptych+1+1 » passe par trois couleurs.
Le bleu est celui de l’horizon, immense et indifférent. Le gris enferme l’instant où tout s’arrête. Le jaune possède quelque chose de plus ambigu : chaleur apparente, sable capable de recouvrir les traces sans réellement les effacer. Cette construction presque plastique correspond parfaitement à Garbage Garden, projet où Yulmi pense simultanément écriture, direction visuelle, concept et architecture sonore.
Musicalement, l’alt pop et l’électronique deviennent ici moins des genres que des matériaux. Le morceau avance comme une installation sonore bilingue en anglais et en japonais, quelque part entre pop cinématographique et abstraction émotionnelle. Son but n’est jamais de parler au nom des victimes ou de fabriquer une belle histoire à partir d’une tragédie.
Le geste est plus inconfortable que cela : regarder ce qui reste.
Une question en japonais traverse d’ailleurs le morceau comme une adresse laissée sans réponse : le printemps existe-t-il encore là où se trouve la personne absente ?
Garbage Garden n’essaie pas d’y répondre. « Triptych+1+1 » accepte que certaines mémoires restent ouvertes, simplement parce que les refermer reviendrait déjà à perdre quelque chose.
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