Backroad Gee remet les compteurs à zéro sur « Up & Down »
- Publishedaoût 14, 2026
« Backroad Gee revient avec la nervosité d’un rappeur qui a traversé le chaos sans perdre son instinct : “Up & Down” condense ses contradictions, entre grime, rap londonien et héritage congolais. »
Une absence peut faire beaucoup de bruit, surtout quand elle concerne un artiste qui s’est construit sur l’excès d’énergie.
Backroad Gee revient après une période autrement plus lourde qu’une simple pause discographique. La mort de sa mère, puis la responsabilité de prendre pleinement en charge sa sœur, ont déplacé son quotidien et, forcément, sa façon d’écrire. « Up & Down » ouvre « Live In The Flesh », un EP de huit morceaux qui porte bien son nom : cette fois, il ne s’agit pas tellement de reprendre exactement là où tout s’était arrêté que de vérifier ce qu’il reste du personnage lorsque la vie réelle est passée dessus.
Bonne nouvelle : le feu n’a pas disparu.
Backroad Gee a toujours rappé comme si les syllabes constituaient une percussion supplémentaire. Sa voix gronde, claque, se tord, accélère, se rapproche parfois du cri avant de revenir vers quelque chose de beaucoup plus mélodique. Cette imprévisibilité reste une de ses signatures les plus fortes. Chez beaucoup de rappeurs, changer de flow signifie changer de cadence ; chez lui, cela ressemble parfois à changer entièrement de physiologie.
« Up & Down » trouve justement une résonance particulière dans cette façon de fonctionner. L’intitulé peut presque servir de résumé à ces dernières années : ascensions rapides, reconnaissance internationale, puis deuil, responsabilités familiales et retrait temporaire. Mais le morceau n’est pas construit comme un récit larmoyant de résilience. Backroad Gee conserve cette agressivité rythmique qui l’a rendu reconnaissable dès « Party Popper », tout en laissant apparaître une version plus consciente de ce qu’elle transporte.
Le rap londonien qu’il pratique a toujours dépassé les frontières strictes du grime. Son héritage congolais intervient naturellement dans son langage, tout comme sa capacité à passer de l’anglais au lingala, au français ou à l’arabe. « Live In The Flesh » approfondit d’ailleurs cet axe en plaçant des influences afro au contact d’une matière rap beaucoup plus dure. Cette identité hybride n’est plus une curiosité périphérique de son univers : elle en constitue désormais l’ossature.
Le reste de l’EP confirme cette volonté de reprendre possession de plusieurs facettes de Backroad Gee. Shaybo intervient sur « Let Me In », D Double E sur « Young Boy », Pa Salieu retrouve BRG sur « Spin Your Block », tandis que Scorcher apparaît sur « Wonder ». « Energy », « Hurting » ou « My Dawgy » complètent un projet pensé comme un retour compact plutôt qu’un grand manifeste.
Et le premier morceau a la bonne fonction : ouvrir la porte sans discours cérémoniel.
Backroad Gee ne revient pas en expliquant pendant dix minutes qu’il a changé. « Up & Down » laisse entendre quelque chose de plus intéressant : le même désordre vocal, la même puissance, mais désormais lestés par des événements qu’aucune production ne peut complètement effacer.
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