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Jon Often ouvre six portes sur « Frankie »

Jon Often ouvre six portes sur « Frankie »
  • Publishedaoût 14, 2026

« Jon Often quitte un instant la batterie pour passer devant : de “Honda” à “Twenty”, six morceaux suffisent à dessiner un premier autoportrait où Chicago, le rock indépendant, la pop rnb et la nostalgie refusent gentiment de rester dans leurs cases. »

Un batteur connaît les chansons par l’arrière. Il sait où elles accélèrent, où elles respirent, à quel moment un silence vaut davantage qu’un coup supplémentaire. Jon Alvarado a longtemps occupé cette place, notamment derrière les fûts de Beach Bunny et Latter. Sous le nom de Jon Often, il change de perspective : cette fois, il ne tient plus seulement l’architecture, il choisit ce qu’elle doit raconter.

Son premier EP, « Frankie », rassemble six morceaux — « Honda », « Seasons », « Always Down », « Joey », « Pieces » et « Twenty » — autour de thèmes assez vastes pour engloutir plusieurs vies : l’amour, l’addiction, la nostalgie. Pourtant, le projet ne semble pas chercher l’unité forcée. Chaque chanson possède son propre terrain, et c’est justement cette mobilité qui rend le portrait intéressant.

« Honda » ouvre la palette du côté de l’indie et de l’alternative rock. Un choix presque logique pour un musicien profondément lié à la scène de Chicago, mais Jon Often ne reste pas longtemps dans ce cadre. « Seasons » glisse vers une alt-pop plus intime, nourrie de bedroom pop, de lo-fi et d’indie R&B. Le changement n’a rien d’un caprice : il révèle plutôt un auteur qui ne considère manifestement pas la guitare comme une obligation contractuelle.

« Always Down » poursuit cette porosité. Indie pop, alt-pop, R&B alternatif : le morceau se place dans une zone où le songwriting peut devenir plus souple, plus mélodique, moins attaché à la frontalité rock. « Joey », en revanche, réintroduit davantage de guitare et rapproche l’indie rock de la pop alternative. À ce stade, « Frankie » commence à ressembler moins à une démonstration de style qu’à une collection de différentes façons d’écrire une même sensibilité.

Puis viennent « Pieces » et « Twenty ».

Le premier retourne vers une esthétique bedroom et lo-fi, ce qui correspond particulièrement bien à l’idée de fragmentation suggérée par son titre sans qu’il soit nécessaire de lui inventer une histoire précise. « Twenty », lui, referme l’ensemble depuis un vocabulaire plus rock, croisant alternative, indie et alt-pop. Son emplacement en fin de parcours lui donne naturellement une autre gravité : après cinq changements de décor, Jon Often termine là où les guitares retrouvent davantage de poids.

Ce qui ressort de ces six titres, c’est surtout une absence de hiérarchie entre ses influences. Le rock n’est pas présenté comme plus « authentique » que le R&B, le lo-fi n’est pas une parenthèse fragile, la pop n’est pas un détour commercial. Tout appartient au même musicien. Cette logique paraît particulièrement pertinente dans une ville comme Chicago, dont les scènes indépendantes se sont toujours nourries de croisements et de communautés plutôt que de frontières parfaitement étanches.

Et puis il y a cette question de la nostalgie, annoncée comme l’un des fils conducteurs de « Frankie ». Elle convient étrangement bien à un projet qui avance en changeant constamment de texture. La nostalgie n’est jamais un seul souvenir : elle revient par morceaux, selon des sons, des personnes, des périodes.

Jon Often semble avoir construit son premier EP de cette manière. Pas comme six réponses, mais comme six fragments conservés assez longtemps pour finir par former quelqu’un.

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Written By
Extravafrench

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